LE PAPE FRANCOIS ET L'EUCHARISTIE

Aujourd'hui, plus que jamais, il faut adorer ! (Aux Catéchistes 2002)

C'EST LE SEIGNEUR TON DIEU QUE TU ADORERAS,

À LUI SEUL TU RENDRAS UN CULTE

JORGE MARIO CARDINAL BERGOLIO (Aujourd’hui PAPE FRANÇOIS)

Extrait de « Sortez à la recherche des cœurs ! » Parole et Silence, p 35-43

 

Cher frère catéchiste, chère sœur catéchiste,

 

Comme en d'autres occasions de notre histoire, peut-être notre société gravement blessée attend-elle une nouvelle venue du Seigneur. Elle attend l'entrée qui guérit et réconcilie de celui qui est le Chemin, la Vérité et la Vie. Nous avons des raisons d'espérer. Nous n'oublions pas que son passage et sa présence salvifique ont été une constante dans notre histoire. Nous découvrons la magnifique trace de son œuvre de création dans une nature d'une richesse incomparable. La générosité de Dieu s'est également reflétée dans le témoignage de vie, le dévouement et le sacrifice de nos pères et de personnages éminents, de même qu'en des millions de visages humbles et croyants, nos frères, protagonistes anonymes du travail et des luttes héroïques, incarnation de l'épopée silen­cieuse de l'Esprit qui fonde les peuples.

 

Cependant, nous vivons Près loin de la gratitude que mériterait un si grand don reçu. Qu'est-ce qui empêche de voir cette venue du Seigneur ? Qu'est-ce qui rend impossible le « goûtez et voyez : le Seigneur est bon ! » (Ps 33, 9) face à une telle prodigalité sur terre et dans les hommes ? Qu'est-ce qui, dans notre pays, entrave les pos­sibilités de progrès, la rencontre plénière entre le Seigneur, ses dons, et nous-mêmes ? Comme dans la Jérusalem d'alors, quand Jésus traversait la ville et que cet homme du nom de Zachée ne parvenait pas à le voir à cause de la foule, quelque chose nous empêche de voir et de sentir sa présence.

 

C'est par ces mots que commençait l'homélie du Te Deum du 25 mai dernier. Je voudrais qu'ils servent d'introduction à cette lettre qu'avec une affection reconnaissante je te fais parvenir au milieu de ta tâche silencieuse mais importante pour l'édification de l'Église.

 

Je ne crois pas exagérer en disant que nous sommes dans un temps de « myopie spirituelle et d'aplatissement moral » qui fait qu'on voudrait nous imposer comme normale une « culture d'en bas », dans laquelle il semblerait qu'il n'y ait pas de place pour la transcendance et l'espérance.

 

Mais, étant catéchiste, tu sais bien, par la sagesse que te donnent tes relations hebdoma­daires avec les personnes, que, dans l'homme, un désir et un besoin de Dieu sont toujours latents. Face à la fierté et la toute-puissance invasive des nouveaux Goliath qui, à partir de certains moyens de communications et de sphères officielles, réac­tualisent des préjugés et des idéologies autistes, la confiance sereine de David est, aujourd'hui plus que jamais, nécessaire pour défendre l'héritage. Je voudrais donc insister sur ce que je t'ai écrit, il y a un an : « Aujourd'hui plus que jamais, on peut découvrir derrière tant de questions de nos contemporains, une recherche de l'Absolu qui, par moments, prend la forme du cri douloureux d'une humanité outragée : « Nous voulons voir Jésus» (Jn 12,21).

 

Nombreux sont les visages qui, dans un silence plus éloquent qu'un flot de paroles, nous formulent cette demande. Nous les connais­sons bien ; ils sont au milieu de nous, ils font partie de ce peuple fidèle que Dieu nous confie. Visages d'enfants, de jeunes, d'adultes... Certains d'entre eux ont l'apparence pure du disciple bien-aimé, d'autres celle de l'enfant prodigue. Les visages marqués par la douleur et le désespoir ne manquent pas. Mais tous espèrent, cherchent, désirent voir Jésus. Pour cela, ils ont besoin de croyants, spécialement des catéchistes qui non seulement « parlent » du Christ, mais en un sens le font « voir » ... « Notre témoignage se trouverait toutefois appauvri d'une manière inacceptable si nous ne nous mettions pas d'abord nous-mêmes à contempler son visage » (NMI16) ».

 

Pour cette raison, je m'enhardis à te proposer que, cette année, nous nous arrêtions pour appro­fondir le thème de l'adoration.

 

Aujourd'hui plus que jamais, il faut adorer en esprit et en vérité (Jn 4,24). Il s'agit d'une tâche indispensable pour le catéchiste qui veut s'enraci­ner en Dieu et ne veut pas défaillir au milieu de tant de bouleversements.

 

Aujourd'hui plus que jamais, il faut adorer pour rendre possible la proximité que réclament ces temps de crise. Ce n'est que dans la contem­plation du mystère d'Amour qui surmonte la distance et se rend proche que nous trouverons la force de ne pas tomber dans la tentation de passer son chemin, sans nous arrêter.

 

Aujourd'hui plus que jamais, il faut enseigner aux catéchisés à adorer pour que notre caté­chèse soit vraiment une initiation et non pas seu­lement un enseignement.

 

Aujourd'hui plus que jamais, il faut adorer pour ne pas nous laisser dépasser par les évé­nements avec des mots qui occultent parfois le Mystère, mais pour nous offrir le silence plein d'admiration qui se tait devant la Parole devenant présence et proximité.

 

Aujourd'hui plus que jamais, il faut adorer !

 

Parce qu'adorer, c'est se prosterner, c'est reconnaître humblement l'infinie grandeur de Dieu. Seule la véritable humilité peut reconnaître la véritable grandeur, et reconnaître aussi le petit qui prétend se présenter comme grand. Peut-être qu'une des plus grandes perversions de notre époque est qu'elle propose d'adorer l'humain en laissant de côté le divin. « Le Seigneur seul tu adoreras » est le grand défi face de nombreuses propositions vides et creuses. Ne pas adorer les idoles contemporaines - avec leur chant de sirène - est le grand défi de notre présent, ne pas adorer ce qui n'est pas adorable est le grand signe des temps aujourd'hui. Les idoles qui causent la mort ne méritent aucune adoration ; seul le Dieu de la vie mérite « adoration et gloire » (cf. Document de Puebla 491).

 

Adorer, c'est regarder avec confiance Celui qui apparaît fiable parce qu'il est celui qui donne la vie, qui est instrument de paix, générateur de rencontres et de solidarité.

 

Adorer, c'est être debout devant tout ce qui n'est pas adorable, parce que l'adoration nous rend libres et fait de nous des personnes pleines de vie.

 

Adorer, ce n'est pas se vider, mais se remplir, c'est reconnaître et communier avec l'Amour. Personne n'adore celui qui n'aime pas, personne n'adore celui qu'il ne considère pas comme son amour.

 

Nous sommes aimés ! Nous sommes chéris ! Dieu est amour. Cette certitude est celle qui nous conduit à adorer, avec tout notre cœur, Celui qui nous a aimés le premier (1 Jn 4, 10).

 

Adorer, c'est découvrir sa tendresse, c'est trouver consolation et repos en sa présence, c'est pouvoir expérimenter ce que dit le Psaume 22 : « Si je traverse les ravins de la mort, je ne crains aucun mal, car tu es avec moi [...] Grâce et bonheur m'accompagnent tous les jours de ma vie ».

 

Adorer, c'est être des témoins joyeux de sa victoire, ne pas se laisser vaincre par la grande tribulation et avoir un avant-goût de la fête de la rencontre avec l'Agneau, le seul qui soit digne d'être adoré, qui essuiera toutes nos larmes et en qui nous célébrons le triomphe de la vie et de l'amour sur la mort et la détresse (Cf. Ap 21-22).

 

Adorer, c'est nous rapprocher de l'unité, c'est nous découvrir enfants d'un même Père, membres d'une seule famille, comme saint François le découvrit : chanter les louanges en union à toute la création et à tous les hommes. C'est renouer les liens que nous avons rompus avec notre terre, avec nos frères, c'est Le recon­naître comme le Seigneur de toutes choses, le Père plein de bonté du monde tout entier.

 

Adorer, c'est dire « Dieu » et dire « vie ». Nous rencontrer face à face, dans notre vie quo­tidienne, avec le Dieu de la vie, c'est l'adorer par notre vie et notre témoignage. C'est savoir que nous avons un Dieu fidèle qui est resté avec nous et qui nous fait confiance.

 

Adorer, c'est dire AMEN !

 

En te saluant en cette journée du catéchiste, je veux une nouvelle fois te remercier pour tout ton dévouement au service du peuple fidèle et demander à Marie, Très Sainte, de garder vive en ton cœur cette soif de Dieu pour que tu puisses, comme la samaritaine, adorer en esprit et en vérité, et faire en sorte que beaucoup s'ap­prochent de Jésus (Jn 4, 39).

 

Ne cesse pas de prier pour moi afin que je sois un bon catéchiste. Que Jésus te bénisse et que la Sainte Vierge veille sur toi.

 

Août 2002

L'Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde (Congrès Québec - 20 juin 2008)

Catéchèse du Cardinal Jorge Mario Bergoglio sur l'Eucharistie

 

À l'occasion du 49e Congrès eucharistique international du Québec (Canada), qui s'est tenu du 15 au 22 juin 2008, le cardinal Jorge Mario Bergoglio, archevêque de Buenos Aires (Argentine), a donné une catéchèse sur l'Eucharistie.

 

Tiré de La Documentation Catholique n° 2509-2510, 21 avril 2013, pp. 382-389

 

Introduction

 

« L'Eucharistie, don de Dieu pour la vie du monde ». Le thème choisi par le Pape pour ce 49e Congrès eucharistique international provient de l'Évangile de Jean, où notre Seigneur Jésus proclame : « Je suis le pain vivant descendu du ciel […]. Le pain que je vais donner est ma chair pour la vie du monde » (Jn 6, 51).

 

L'Eucharistie, don de Dieu qui veut donner la vie à tous, est un thème central de l'Encyclique Sacramentum Caritatis. Dans la première partie - « Eucharistie, Mystère à croire » - , le Pape nous exhorte à l'adoration de l'Eucharistie comme « Don gratuit de la Très Sainte Trinité pour la vie du monde ».

 

Et, à la fin, dans la troisième partie - « Eucharistie, Mystère à vivre » -, il nous exhorte à ce que nous nous offrions eucharistiquement à tous, avec le Seigneur, puisque « la vocation de chacun de nous consiste à être, avec Jésus, pain rompu pour la vie du monde ». L'Eucharistie donc, don et mission, don de vie que l'on reçoit et don de vie qui se donne à tous. Cette vie en Jésus-Christ, « pour que nos peuples aient la vie en lui », est aussi celle qui bat dans le document d'Aparecida, dans une tonalité de louange reconnaissante et avec une ferveur missionnaire, car « la vie est don de Dieu, don et mission ».

 

« L'Eucharistie est le centre vital du monde, apte à combler la faim de vie et de bonheur : celui qui mange ma chair vivra par moi (Jn 6, 57). Dans cet heureux banquet, nous participons de la vie éternelle et ainsi notre existence quotidienne se transforme en une messe prolongée », comme le disait Saint Alberto Hurtado. Au milieu, entre le don et la mission, l'Église est le motif central de la catéchèse d'aujourd'hui : l'Eucharistie et l'Église, mystère de l'Alliance.

 

Je vous propose, de manière simple, trois étapes, pour faire de cette catéchèse une lectio divina. La première étape consiste en une brève méditation sur l'Alliance. La seconde étape, je souhaite qu'elle soit une synthèse contemplative au cours de laquelle nous pourrons contempler et goûter avec les yeux du cœur quelques représentations de la Vierge, notre Dame, « femme eucharistique ». Et la troisième partie consistera à dégager quelques conclusions pastorales qui nous aideront dans notre vie personnelle et ecclésiale.

 

1. La dimension ecclésiale et nuptiale de l'Eucharistie

 

« L'Eucharistie et l'Église, mystère de l'Alliance ». Par le mot « Alliance », on veut mettre en relief la dimension ecclésiale et nuptiale du don de l'Eucharistie, don par lequel le Seigneur veut atteindre tous les hommes. L'Eucharistie est le pain vivant donné pour la vie du monde et aussi le sang de l'Alliance versé pour le pardon des péchés de tous les hommes. Gardant ferme note cœur dans la gratuité du don et dans son dynamisme missionnaire universel, arrêtons-nous au mystère de l'Alliance. Cette Alliance que personne ne peut rompre.

 

L'Alliance que rien ni personne ne peut rompre

« Qui pourrait nous séparer de l'amour du Christ ? » (Rm 8, 35). La première chose qui nous bouleverse dans l'Eucharistie, c'est qu'il s'agit d'une Alliance nouvelle et éternelle, comme l'a dit le Seigneur dans la dernière Cène. La Liturgie l'exprime très bien dans la prière eucharistique pour la réconciliation. « Souvent, nous les humains avons rompu ton Alliance, mais toi, au lieu de nous abandonner, tu as par Jésus-Christ, ton Fils, notre Seigneur, scellé à nouveau avec la famille humaine un pacte tellement solide que plus rien ne pourra le rompre ». Le désir d'une Alliance que rien ni personne ne pourra rompre, le seigneur l'a pétri, au cours des siècles, dans le cœur d'Israël, et Jésus comble ce désir et le perfectionne d'une manière telle qu'il ne laisse la place à aucune possibilité de rupture.

 

Le fait que cette Alliance ait été instituée avant la Passion joue un rôle essentiel pour sa consolidation. En annonçant par avance son don de lui-même dans la dernière Cène, le Seigneur transforme le moment et le lieu où les alliances se rompent (le moment de la trahison de Judas) en un kairos – de temps et d'espace saints – où cette Alliance nouvelle est à jamais scellée.

 

L'anticipation eucharistique

Afin de méditer sur ce mystère, prenons pour nous guider certaines intuitions de Jean-Paul II qui nous aideront à voir l'importance de cette « anticipation eucharistique ». Jean-Paul disait que le désir le plus ardent de son Encyclique « L'Église vit de l'Eucharistie » était de susciter l'admiration eucharistique. Et le fait que le Seigneur ait institué l'Eucharistie avant la Passion était et demeure un motif principal d'admiration. Lisons quelques lignes « avec les yeux de l'âme », comme dit Jean-Paul : « L'Église naît du mystère pascal. C'est précisément pour cela que l'Eucharistie, sacrement par excellence du mystère pascal, a sa place au centre de la vie ecclésiale. […] Deux mille ans plus tard, nous continuons à réaliser cette image primitive de l'Église. Et tandis que nous le faisons dans la célébration de l'Eucharistie, les yeux de l'âme se reportent au Triduum pascal, à ce qui se passa le soir du Jeudi saint, pendant la dernière Cène, et après elle. En effet, l'institution de l'Eucharistie anticipait sacramentellement les événements qui devaient se réaliser peu après, à partir de l'agonie de Gethsémani. Nous revoyons Jésus qui sort du Cénacle, qui descend avec ses disciples pour traverser le torrent du Cédron et aller au Jardin des Oliviers. Dans ce Jardin, il y a encore aujourd'hui quelques oliviers très anciens. Peut-être ont-ils été témoins de ce qui advint sous leur ombre ce soir-là, lorsque jésus en prière ressentit une angoisse mortelle et que « sa sueur devint comme des gouttes épaisses de sang tombé par terre (Lc 22, 44). Son sang, qu'il avait donné à l'Église peu auparavant comme boisson de salut dans le sacrement de l'Eucharistie, commençait à être versé. Son effusion devait s'achever sur le Golgotha, devenant l'instrument de notre Rédemption. ».

 

Un peu plus loin, Jean-Paul nous révèle d'où émane le titre de cette Encyclique : Mysterium fidei ! Mystère de la foi ! Lorsque le prêtre prononce ou chante ces paroles, les fidèles proclament : « Nous annonçons ta mort, nous proclamons ta résurrection, viens, Seigneur Jésus ! Par ces paroles, ou d'autres semblables, l'Église, tout en se référant au Christ, dans le mystère de sa Passion, révèle aussi son propre mystère : « Ecclesia de Eucharistia ».

 

Et il annonce, ici trois caractéristiques spatio-temporelles qui font de l'Eucharistie le noyau le plus intime de la vie (comme don et mission) de l'Église. « Si c'est par le don de l'Esprit Saint à la Pentecôte que l'Église vient au jour et se met en route sur les chemins du monde, il est certain que l'institution de l'Eucharistie au Cénacle est un moment décisif de sa constitution. Son fondement et sa source, c'est tout le Triduum pascal, mais celui-ci est comme contenu, anticipé et « concentré » pour toujours dans le don de l'Eucharistie. Dans ce don, Jésus Christ confiait à l'Église l'actualisation permanente du mystère pascal. Par ce don, il instituait une mystérieuse « contemporanéité » entre le Triduum et le cours des siècles ».

 

Le fondement et l'origine de l'Église est « contenu, anticipé et concentré » dans l'Eucharistie et, par ce don, le Seigneur a « institué une mystérieuse « contemporanéité » entre le Triduum et le cours des siècles ». Jean-Paul II conclut ce paragraphe en s'émerveillant et en nous émerveillant de la « capacité rédemptrice » (dans laquelle entre « toute l'histoire », c'est-à-dire toute la vie du monde) de cet événement. « Penser à cela fait naître en nous des sentiments de grande et reconnaissante admiration. Dans l'événement pascal et dans l'Eucharistie qui l'actualise au cours des siècles, il y a un « contenu » vraiment énorme, dans lequel est présente toute l'histoire en tant que destinataire de la grâce de la rédemption ».

 

Inclus – anticipé - concentré

L'intuition de Jean-Paul II est très originale et la formulation se présente comme une dense synthèse. Comment en tirer profit sans lui enlever de sa force ? Il me semble que nous pouvons l'aborder sur un plan pédagogique. Le Seigneur manifeste une intention pédagogique dans la scène du lavement des pieds lorsqu'il dit : « Si donc moi, le seigneur et Maître, […] je vous ai donné un exemple... » (Jn 13, 13-15). Nous pouvons ainsi nous demander : quelle est la valeur pédagogique de cette « inclusion, anticipation et concentration » du Triduum pascal dans le Don de l'Eucharistie ? J'oserais dire que l'intention du Seigneur vise à disposer et à préparer le « récipient » du Don : le cœur des disciples dans sa dimension personnelle et ecclésiale.

 

En faisant part d'avance à ces amis, de son don de lui-même dans la communion de la dernière Cène et en concentrant tout son amour dans le don eucharistique, le Seigneur parvient à faire en sorte qu'à mesure qu'ils prennent conscience (chacun en son temps) de ce qu'il leur a offert par la Passion, ils se rendent compte aussi qu'ils l'avaient déjà reçu auparavant, qu'ils avaient déjà participé à ce sacrifice rédempteur. Le désir d'Alliance du Seigneur, son abandon sans réserve en expirant sur la Croix, leur apparaît, non comme un fait isolé et définitif, mais comme inondant la mémoire de ceux qui le contemplent – Marie, Jean et les saintes femmes, et ensuite toute l'Église – par chacun des gestes de l'abandon de soi du Seigneur (qui est passé en faisant le bien) et de façon très particulière, emplissant la mémoire des croyants de son don eucharistique dans la dernière Cène. S'il n'en avait pas été ainsi, le geste final l'aurait éloigné de nous. Cela aurait été un geste total mais unilatéral de Dieu, sans qu'il n'y ait de récipient apte à le recevoir. Le vin nouveau aurait brisé les anciennes outres.

 

Mais il n'en est pas ainsi, le geste d'abandon total du Seigneur sur la Croix emplit l'outre nouvelle des cœurs qui l'avaient déjà reçu et goûté dans l'Eucharistie. Une Eucharistie qui « concentre » la Passion, lui donnant une « proportion adaptée » à notre capacité, si l'on peut dire. C'est pour cela que la Passion a pu et peut encore être vue comme salvatrice, puisque ceux qui la contemplent sont déjà « inclus » en communion avec l'amour salvateur qui bat dans le cœur du Seigneur qui la souffre. Dans ce sens nous pouvons regarder le lavement des pieds comme un geste de purification à petite échelle qui fait contrepoids à l'effusion de sang rédemptrice sur la Croix. La relation entre ce qui est petit et ce qui est grand, entre le quotidien et l'exceptionnel concentre l'amour du Seigneur et le met à la disposition de notre foi, évitant que sa compréhension ne se perde dans le trop extraordinaire ou ne se dissolve dans le très ordinaire.

 

Il y a une profonde similitude en cela dans la formule du sacrement du mariage chrétien, en ce que les époux se donnent mutuellement et se jurent fidélité en embrassant – incluant, anticipant et concentrant dans leur être uni – tout ce qui pourra survenir dans la vie : santé et maladie, prospérité et adversité. À l'image de l'Alliance du Christ qui est anticipée dans l'Eucharistie, les époux anticipent leur amour et l'étendent à tout, de manière à rendre l'Alliance indestructible.

 

Outres neuves Dieu est Don.

Et pour pouvoir se donner, le Seigneur adapte le récipient qui reçoit le don, le récipient qui ne doit pas rompre, l'outre nouvelle. Récipient qui est le fruit d'une Alliance entre grâce et liberté. Dans cette perspective du « récipient », nous contemplons aussi « le mystère de l'Alliance entre l'Eucharistie et l'Église ».

 

Nous concentrons notre attention sur ce point : dans l'Eucharistie, nous nous transformons en ce que nous mangeons, comme le dit Lumen Gentium citant Léon le Grand : « La participation au Corps et au Sang du Christ n'a pas d'autre effet que de nous transformer en ce que nous recevons ». En mangeant le corps du Christ, le Seigneur, même s'il se situe à notre mesure, ne se « réduit » pas. Le miracle de l'Eucharistie consiste en ce que le récipient « de terre » s'assimile au « trésor », à rebours de ce qui se passe dans la nature. En recevant l'Eucharistie, c'est nous qui sommes assimilés au Christ. Ainsi, en se donnant à manger comme Pain de vie, le Seigneur fait l'Église. Il la transforme en son corps – dans un processus d'assimilation mystérieux et caché comme celui qui a lieu dans tout processus d'alimentation Et en même temps, dans la mesure où ce processus compte sur l'être même de l'Église, qui fonde dans la foi l'Alliance que lui offre son Époux, il la transforme en son Épouse.

 

2. Images de Marie, femme eucharistique

 

Afin de bien voir ce mystère de l'Alliance, nous devons nous tourner vers Marie. À nouveau, nous nous aidons du regard de Jean-Paul II qui nous invite à entrer dans l'école de Marie, « femme eucharistique » : « Si nous voulons découvrir dans toute sa richesse le rapport intime qui unit l'Église et l'Eucharistie, nous ne pouvons pas oublier Marie, mère et modèle de l'Église […]. En effet, Marie peut nous guider vers ce très saint sacrement car il existe entre elle et lui une relation profonde ».

 

À la manière des poupées russes dans lesquelles l'image plus grande inclut en elle d'autres images plus petites mais essentiellement identiques, nous allons aller directement vers la « plus petite », vers Notre Dame pour voir comment ce qui est donné en elle – le mystère de l'Alliance qui fait que le don de Dieu soit accepté et communiqué par la vie du monde – est donné dans l'Église universelle et dans chaque âme. Nous suivons cette loi des Pères selon laquelle, avec des nuances diverses, « ce qui se dit universellement de l'Église, se dit en particulier de Marie et individuellement de chaque âme fidèle ».

 

Dans la relation de Marie avec l'Eucharistie nous voyons trois images qui nous révèlent des caractéristiques de l'Alliance que nous pouvons ensuite appliquer à l'Église universelle et à notre âme en particulier.

 

L'Alliance comme compagnie

La première image eucharistique de Marie nous la montre « incluse » dans l'Église que, cependant, mystérieusement, elle inclue dans sa petitesse. Le Pape fait remarquer la « participation » de Marie aux eucharisties de la première communauté : « Elle était présente parmi les Apôtres, unis « d'un seul cœur » dans la prière » (cf. Ac 1, 14), dans la première communauté rassemblée après l'Ascension dans l'attente de la Pentecôte. Sa présence ne pouvait certes pas faire défaut dans les célébrations eucharistiques parmi les fidèles de la première génération chrétienne, assidus « à la fraction du pain » (Ac 2, 42).

 

La communauté des Apôtres persévère dans la prière avec un même esprit « en compagnie » de Marie. « Quand ils furent arrivés, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient d'ordinaire ; c'étaient Pierre, Jean, Jacques, André, Philippe, Thomas, Barthélémy, Matthieu, Jacques, fils d'Alphée, Simon le Zélote, et Jude, fils de Jacques. Tous d'un commun accord persévéraient dans la prière, avec les femmes, et Marie, mère de Jésus, et avec les frères de Jésus » (Ac 1, 13-14).

 

Le mystère de l'Alliance entre Dieu et les hommes est un mystère de « compagnie », de partage du pain, d'« être avec les autres », en famille, à table, mystère de proximité prolongé. Cette compagnie est propre à la pédagogie du Seigneur, qui transforme chaque personne comme il l'a fait avec les disciples d'Emmaüs en les accompagnant sur le chemin.

 

L'Alliance comme confiance

La seconde image eucharistique de Marie nous la montre en tant qu'épouse qui place toute sa confiance en son époux. Jean-Paul II met l'accent sur « l'attitude eucharistique intérieure » de Marie dans sa vie toute entière, attitude qu'il définit comme étant « d'abandon à la Parole ». Marie concentre en elle tout le « faire » en rapport à la Parole. L'abandon implique un « laisser-faire » propre à celui qui se dispose à recevoir pleinement un don – le « qu'il en soit fait de moi selon ta Parole ». L'abandon implique aussi un « faire », propre à celui qui se donne sans calcul ni mesure et exhorte les autres à se donner de la même façon - « faites tout ce qu'Il vous dit ».

 

Pour l'Église et pour chacun de nous.

« Vivre dans l'Eucharistie le mémorial de la mort du Christ suppose aussi de recevoir continuellement ce don. Cela signifie prendre chez nous, à l'exemple de Jean, celle qui chaque fois nous est donnée pour mère. Cela signifie en même temps nous engager à nous conformer au Christ, en nous mettant à l'école de sa Mère et en nous faisant accompagner par elle ». La confiance totale et l'obéissance de la foi font du Cœur de Marie le récipient parfait pour que la Parole s'incarne et qu'elle la transforme entièrement à sa demeure.

 

L'Alliance comme espérance

La troisième image eucharistique de Marie nous montre quelque chose de très particulier à l'Alliance qui consiste à vivre par anticipation – dans l'espérance – ce qui est promis. Jean-Paul II fait référence au mystère de l' « anticipation » lorsqu'il dit : « Se préparant jour après jour au Calvaire, Marie vie une sorte « d'eucharistie anticipée », à savoir une « communion spirituelle » de désir et d'offrande, dont l'accomplissement se réalisera par l'union avec son Fils au moment de la passion et qui s'exprimera ensuite, dans le temps après Pâques, par sa participation à la célébration eucharistique, présidée par les Apôtres, en tant que « mémorial » de la passion ».

 

Désir et offrande sont les deux attitudes anticipatrices qui transforment aussi l'Église et chaque âme fidèle en des « outres neuves ». Par le désir et l'offrande, nous devenons comme Marie des récipients disponibles pour que la Parole s'incarne en nous. La présence humble et cachée du Seigneur en Marie, en l'Église et en chaque âme rayonne de lumière et d'espérance sur le monde. Jean-Paul exprime cela de belle manière, parlant de la Visitation : « Heureuse celle qui a cru » (Luc 1, 45) : dans le mystère de l'Incarnation, Marie a aussi anticipé la foi eucharistique de l'Église. Lorsque, au moment de la Visitation, elle porte en son sein le Verbe fait chair, elle devient, en quelque sorte, un « tabernacle » - le premier « tabernacle » de l'histoire – dans lequel le Fils de Dieu, encore invisible au yeux des hommes, se présente à l'adoration d'Élisabeth, comme « irradiant » sa lumière à travers les yeux et la voix de Marie.

 

Marie, donc, modèle de l'Alliance entre le Seigneur et son épouse l'Église, entre Dieu et chaque homme. Modèle d'une Alliance qui est compagnie d'amour, d'abandon confiant et fécond et d'espérance pleine qui redonne la joie. Toutes ces vertus se transforment en chant dans le Magnificat dont Jean-Paul II nous offre une belle vision eucharistique : « Enfin, dans le Magnificat est présente la tension eschatologique de l'Eucharistie. Chaque fois que le Fils de Dieu se présente à nous dans la « pauvreté » des signes sacramentels, pain et vin, est semé dans le monde le germe de l'histoire nouvelle dans laquelle les puissants sont « renversés de leurs trônes » et les humbles sont « élevés » (cf. Lc 1, 52). Marie chante les « cieux nouveaux » et la « terre nouvelle » qui, dans l'Eucharistie, trouvent leur anticipation et en un sens leur « dessein » programmé. Si le Magnificat exprime la spiritualité de Marie, rien ne nous aide à vivre le mystère eucharistique autant que cette spiritualité. L'Eucharistie nous est donnée pour que notre vie, comme celle de Marie, soit toute entière un Magnificat ! »

 

Jean-Paul II nous a invités à entrer dans « l'école de Marie, femme eucharistique ». À présent, il nous montre comment, dans le Magnificat, se trouve présente la « finalité » ou programme de cette école. Finalité qui est anticipée – c'est la joyeuse et bonne nouvelle – dans l'Eucharistie, vécue comme un chant de glorification et de reconnaissance. De même que Marie « anticipe » le « programme de Dieu » pour l'histoire, son plan de salut, et le vit comme le présent prophétique dans la joie qui inonde sa vision de foi ; de même aussi l'Eucharistie anticipe « dans sa pauvreté », dit Jean-Paul II, la création de l'histoire nouvelle.

 

Cela est exprimé avec une grande profondeur par Benoît XVI dans son Encyclique sur l'Espérance, lorsqu'il montre que l'espérance chrétienne nous « donne » quelque chose de substantiel dans notre présent, anticipe notre salut non seulement en nous apportant une information sur l'avenir mais en « performant » notre vie présente : « C'est seulement lorsque l'avenir est assuré en tant que réalité positive que le présent devient aussi vivable. Ainsi, nous pouvons maintenant dire : le christianisme n'était pas seulement une « bonne nouvelle » - la communication d'un contenu jusqu'à présent ignoré. Dans notre langage, nous dirions : le message chrétien n'était pas seulement « informatif », mais « performatif ». Cela signifie que l'Évangile n'est pas uniquement une communication d'éléments que l'on peut connaître, mais une communication qui produit des faits et qui change la vie. La porte obscure du temps, de l'avenir, a été ouverte toute grande. Celui qui a l'espérance vit différemment : une vie nouvelle lui a déjà été donnée ».

 

Ce que l'Eucharistie réalise – dans la pauvreté sacramentelle – Marie le chante dans le Magnificat et l'Église, en le chantant, et chacun d'entre nous en elle, devient « contemporaine » de Notre Dame et vit de sa spiritualité, qui est vie dans l'Esprit : « L'Eucharistie, comme source et sommet de la vie et de la mission de l'Église, doit se traduire en spiritualité, en vie « selon l'Esprit » (Rm 8, 4s ; cf. Ga 5, 16-25).

 

Je termine avec une citation de l'homélie de Jean-Paul II pour les 150 ans de la proclamation du dogme de l'Immaculée dans laquelle il qualifie Marie d' « Icone eschatologique de l'Église », celle qui prononce le premier « oui » de l'Alliance entre Dieu et l'humanité et précède le peuple de Dieu dans sa route vers le ciel et l'Église voit en elle « anticipé » son salut : « Elle, la première à avoir été rachetée par son Fils, participe dans la plénitude de sa sainteté, c'est ce que toute l'Église désire et espère être. Elle est l'icône eschatologique de l'Église. C'est pour cela que l'Immaculée, qui est « commencement et image de l'Église, épouse du Christ, pleine de jeunesse et de pure beauté » (Préface), précède toujours le Peuple de Dieu dans le pèlerinage de la foi vers le règne des cieux. Dans l'événement de la Conception Immaculée, elle voit s'appliquer, par anticipation dans le plus noble de ses membres, la grâce salvifique de la Pâque, et surtout parce que dans l'événement de l'Incarnation elle trouve le Christ et Marie indissolublement associés : celui qui est son Seigneur et sa Tête et celle qui, en prononçant le premier fiat de la Nouvelle Alliance, préfigure sa condition d'épouse et de mère ».

 

3. Conséquences pastorales concrètes

 

Dans le déroulement même de la présente catéchèse, en contemplant le mystère de l'Alliance en Marie, les richesses de l'Eucharistie et de l'Église se sont progressivement révélées à nous. En notre Mère tout devient concret et « possible ». Dans son école, les mystères ineffables de Dieu prennent un visage et une voix maternels et se font compréhensibles pour la foi pleine d'amour qu'en tant que peuple fidèle de Dieu, nous professons à Marie. Les conclusions pour la vie spirituelle personnelle, je pense que chacun doit les choisir parmi celles où il se plaît le mieux, comme le dit saint Ignace dans les Exercices spirituels. Unir l'Eucharistie et la communion sacramentelle avec Marie est quelque chose que nous faisons intuitivement, et s'approfondir en cela est bénéfique pour tous. Pour cela nous pouvons demander la grâce de recevoir la Communion comme Marie reçut le Verbe et laisser qu'une incarnation nouvelle se fasse en moi ; la grâce de recevoir l'Eucharistie des mains de l'Église, plaçant les nôtres à la manière d'une patena (qui signifie « crèche »), sentant que c'est Notre Dame qui la place là et nous la confie ; la grâce de chanter avec Marie le Magnificat en ce moment de silence qui succède à la communion ; la grâce d'anticiper dans l'Eucharistie tout ce que sera notre journée ou notre semaine, avec tout le bon et le positif, offert avec le pain, et tout ce qui sera souffrance et passion offert avec le vin ; la grâce de croire et de mettre avec amour toute notre espérance dans cette prémisse et ce gage de salut que nous avons en chaque Eucharistie, pour ensuite conformer notre vie à l'image de ce que nous recevons. Ainsi, chacun peut tirer profit de ce que nous avons médité.

 

Conséquences ecclésiales

Cependant, on peut aussi tirer quelques conclusions, à la lumière de la richesse de ce que nous avons contemplé, qui nous aident dans notre vie ecclésiale. La tendresse et la vénération que nous ressentons tous presque « spontanément » pour la vierge, et devant l'Eucharistie, nous devons les cultiver envers l'Église. Ils doivent être identiques, puisque nous avons vu que Marie et l'Église sont des « récipients » transformés intégralement par celui qui a voulu « habiter » en elles. L'effet d'une telle incarnation vient de ce que ces « outres » se transforment entièrement dans la réalité plus haute qui les assume. Ainsi, de même que le Verbe en prenant chair de Marie la sanctifie totalement (il le fait même par anticipation de l'Eucharistie, dans l'Immaculée Conception), de même l'Église est toute sainte et sanctifiante de part l'Alliance que le Seigneur a voulu faire avec elle. C'est pour cela que le chrétien, en regardant l'Église, la voit toute sainte, pure et sans tâche, comme Marie, Épouse et Mère. Le chrétien voit l'Église comme étant le Corps du Christ, comme le récipient qui garde pur le dépôt de la foi, comme l'Épouse fidèle qui communique sans omission ni erreur tout ce dont le Christ lui a laissé la charge. Dans les sacrements, l'Église nous communique la vie entière que le Seigneur est venu apporter. Même si nous ses fils, parfois nous rompons notre Alliance avec le Seigneur au niveau individuel, l'Église est le lieu où cette Alliance – qui nous a été donnée pour toujours dans le baptême – demeure intacte et nous pouvons la récupérer par la réconciliation.

 

De ce regard intégral – catholique au sens plein (« universel ») - qui considère l'Église comme un récipient dont la qualité et la magnitude se mesurent depuis celui qui l'habite et maintient indemne son Alliance avec elle, surgissent ensuite les autres regards, qui peuvent tenter d'améliorer, corriger ou exprimer explicitement des aspects partiels, circonstanciels, historiques et culturels de l'Église. Mais toujours avec cet esprit d'Alliance qui ne se rompt pas, comme dans un bon mariage où tout peut être soumis au dialogue et être amélioré, pourvu que l'on aille dans le sens vital de l'amour qui maintient l'Alliance.

 

Reconnaître le Christ venu s'incarner, c'est reconnaître que toute la réalité humaine a été « sauvée » et sanctifiée en Christ. C'est pour cela que le Seigneur a même voulu être mort trois jours, et, plus encore, descendre en enfer, au lieu le plus éloigné de Dieu où peut aller l'existence humaine. L'Église en tant que réalité « sanctifiée » entièrement et capable de recevoir et de communiquer – sans erreurs ni omissions, depuis sa pauvre pauvreté et même avec ses péchés – toute la sainteté de Dieu, n'est pas un « complément » ou un « ajout institutionnel » à Jésus-Christ, mais la pleine participation à son Incarnation, de sa Vie, de sa Passion, Mort et Résurrection. Sans ces « outres neuves » que sont l'Église et Marie – dans une universalité concrète sans égal, dont la relation est le paradigme de tout le reste – la venue du Verbe éternel au monde et à la chair, sa Parole dans nos oreilles et sa Vie dans notre histoire, ne pourraient être reçus adéquatement.

 

De là découle le fait que pour contempler le mystère de l'Alliance entre Dieu et l'humanité – Alliance qui vient de l'Ancien Testament et qui veut s'étendre à tous les hommes de bonne volonté -, la première chose à faire consiste à placer au centre ce mystère de l'Église contemplée en tant que « récipient tout sanctifié et sanctifiant », de même que Marie, d'où émane le Don de Dieu pour la vie du monde. Comme le dit le Pape, citant le concile Vatican II.

 

Contemplons donc l'Église-Marie qui a son centre dans l'Eucharistie : l'Église-Marie qui vit de l'Eucharistie et nous fait vivre grâce à l'Eucharistie. Contemplons l'Église-Marie qui reçoit de son époux la totalité du Don du Pain de vie ainsi que la mission de le distribuer à tous, pour la vie du monde. En elles, l'Alliance de Dieu avec l'humanité se donne et est reçue et communiquée sans failles ni omissions. Le don jusqu'à la fin de l'Époux fait l'Épouse – Marie-Église toute sainte, la purifie et la recrée toujours nouvellement dans la foi et dans la charité et les portes de l'enfer ne prévalent pas contre elle.

 

Je termine en disant que cette assurance de la sainteté de l'Église n'est pas une question de privilège personnel ou social mais qu'elle est ordonnée pour le service. Je m'explique. Étant donné que l'Église défend toujours son intégrité, et qu'il y a toujours eu et il y a encore ceux qui tirent un profit néfaste de la force d'une institution - ce qui est pathétique, car c'est tellement réducteur d'utiliser quelque chose d'aussi bénéfique que la Vie éternelle pour les jouissances de la vie passagère -, le monde peut avoir l'impression que l'Église défend toujours son pouvoir. Et il n'en est pas ainsi. En défendant sa pureté, son indéfectibilité, sa sainteté d'Épouse, l'Église défend le « lieu » par où passe le Don de la Vie de Dieu au monde et le don de la vie du monde à Dieu. Ce don – dont l'expression la plus pleine est l'Eucharistie – n'est pas un don de plus, parmi d'autres mais le don total de la vie la vie la plus intime de la Trinité qui est versé pour la vie du monde et la vie du monde assumée par le Fils qui s'offre au Père.

 

Comme dit Balthasar : « L'acte par lequel le Père se donne, par lequel il verse le Fils à travers tous les espaces et tous les temps de la création, est l'ouverture définitive de l'acte trinitaire lui-même, dans lequel les « Personnes » de Dieu sont des « Relations », nous pouvons dire : des formes de don absolu et de fluidification aimante ».

 

C'est l'incommensurabilité sans possibilité de retour en arrière du don qui nous est transmise, ce qui oblige le Seigneur à sanctifier l'Église de manière indéfectible, comme il l'a fait avec sa Mère, de telle sorte qu'il y ait la certitude que ce don puisse être reçu et transmis « pour la vie du monde ». Le mystère de l'Alliance qui rend l'Église toute sainte est un mystère de service et de vie.

 

On ne doit jamais cesser de s'émerveiller de ce que cette ouverture définitive de la vie trinitaire même se donne et se verse non seulement pour certains mais pour la vie du monde. C'est ainsi, même si tout le monde ne le sait pas et n'en profite pas. C'est le fruit de la liberté incompréhensible du Dieu Un et Trine : que sa donation soit totale et pour tous.

 

« En s'unissant au Christ, le peuple de la nouvelle Alliance, loin de se refermer sur lui-même, devient « sacrement » pour l'humanité, signe et instrument du salut opéré par le Christ, lumière du monde et sel de la terre (cf. Mt 5, 13-16) pour la rédemption de tous. La mission de l'Église est en continuité avec celle du Christ : « De même que le Père m'a envoyé, moi aussi, je vous envoie » (Jn 20, 21). C’est pourquoi, de la perpétuation du sacrifice du Christ dans l'Eucharistie et de la communion à son corps et à son sang, l'Église reçoit les forces spirituelles nécessaires à l'accomplissement de sa mission. Ainsi, l'Eucharistie apparaît en même temps comme la source et le sommet de toute l'évangélisation, puisque son but est la communion de tous les hommes avec le Christ et en lui avec le Père et L'Esprit Saint ». 

EVANGELII GAUDIUM, "L'ÉVANGILE DE LA JOIE", Exhortation apostolique (24 nov 2013)

262. Évangélisateurs avec Esprit signifie évangélisateurs qui prient et travaillent. Du point de vue de l’Évangélisation, il n’y a pas besoin de propositions mystiques sans un fort engagement social et missionnaire, ni de discours et d’usages sociaux et pastoraux, sans une spiritualité qui transforme le coeur. Ces propositions partielles et déconnectées ne touchent que des groupes réduits et n’ont pas la force d’une grande pénétration, parce qu’elles mutilent l’Évangile. Il faut toujours cultiver un espace intérieur qui donne un sens chrétien à l’activité. Sans des moments prolongés d’adoration, de rencontre priante avec la Parole, de dialogue sincère avec le Seigneur, les tâches se vident facilement de sens, nous nous affaiblissons à cause de la fatigue et des difficultés, et la ferveur s’éteint.

 

L’Église ne peut vivre sans le poumon de la prière, et je me réjouis beaucoup que se multiplient dans toutes les institutions ecclésiales les groupes de prières, d’intercession, de lecture priante de la Parole, les adorations perpétuelles de l’Eucharistie. En même temps, « on doit repousser toute tentation d’une spiritualité intimiste et individualiste, qui s’harmoniserait mal avec les exigences de la charité pas plus qu’avec la logique de l’incarnation ». Il y a un risque que certains moments d’oraison se transforment en excuse pour ne pas se livrer à la mission, parce que la privatisation du style de vie peut porter les chrétiens à se réfugier en de fausses spiritualisés.

Homélies du pape

HOMELIE -MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA
MAISON SAINTE-MARTHE

Vendredi 22 novembre 2013, Extraits:

 

Le Pape François a développé son homélie en partant de ces deux dimensions, qui vont en parallèle dans la vie chrétienne. Le Pape François est parti de la lecture d’un passage de l’Ancien Testament où Judas Maccabée consacre à nouveau le Temple détruit par les guerres. « Le temple - observe le Pape - comme point de repère pour la communauté, comme point de repère pour le peuple de Dieu », où nous nous rendons pour divers motifs, parmi lesquels -explique t’il- l’un d’entre eux prime sur les autres : Le Temple est le lieu où la communauté va prier, louer le Seigneur, rendre grâce mais surtout, adorer : au temple, nous adorons le Seigneur. Et ça, c’est le point le plus important. Ceci est aussi valable pour les cérémonies liturgiques : dans cette cérémonie liturgique, qu’est-ce qui est le plus important ? Les chants, les rites ? Tout cela est bien beau. Mais le plus important est l’adoration : toute la communauté réunie regarde l’autel où l’on célèbre le sacrifice et où l’on adore. Mais moi je crois - je le dis humblement- que nous, les chrétiens, nous avons quelque peu perdu le sens de l’adoration et nous pensons : 'nous allons au temple, nous nous réunissons comme des frères -celui-ci est bon, est beau !-. Mais le centre est là où se trouve Dieu. Et nous, nous adorons Dieu ».

 

De cette affirmation naît une question : « Nos temples -s'est demandé le Pape François - sont-ils des lieux d’adoration, favorisent-ils l’adoration ? Est-ce que nos célébrations favorisent l’adoration ? » Jésus - rappelle le Pape, en citant l’Évangile du jour - chasse « les affairistes » qui ont pris le Temple pour un lieu de trafics plutôt que d’adoration. Mais il y a un autre « Temple » et une autre sacralité qu’il faut considérer dans la vie de la foi : « Saint-Paul nous dit que nous sommes les temples de l’Esprit Saint. Moi, je suis un temple. L’Esprit de Dieu est en moi. Et il nous dit également : « Ne causez pas de chagrin à l’Esprit du Seigneur qui est en vous ! ». Et ici aussi, nous ne pouvons peut-être pas parler de l’adoration comme précédemment mais d’une sorte d’adoration qui est le cœur qui cherche en lui l’Esprit du Seigneur et sait que Dieu est en lui, que l’Esprit Saint est en lui. Il l’écoute et le suit.

 

Évidemment, suivre Dieu présuppose une purification continue « parce que nous sommes des pécheurs », a insisté le Pape François. « Nous purifier par la prière, par la pénitence, par le Sacrement de la Réconciliation, par l’Eucharistie ». Et ainsi, « dans ces deux temples - le temple matériel , le lieu d’adoration et le temple spirituel qui est en moi, où habite l’Esprit Saint - dans ces deux temples- concluait le Pape- notre comportement doit être celui de la pitié qui adore et qui écoute, qui prie et demande pardon, qui loue le Seigneur ». « Et lorsque l’on parle de la joie du Temple, nous parlons de ceci : toute la communauté en adoration, qui prie, qui rend grâce, qui loue. Moi, qui prie avec le Seigneur qui est en moi parce que moi, je suis le « temple ». Moi, à l’écoute, disponible. Que le Seigneur nous concède ce vrai sens du Temple pour pouvoir aller de l’avant dans nos vies d’adoration et d’écoute de la Parole de Dieu.».

 


HOMÉLIE DU PAPE FRANÇOIS

Basilique Saint-Paul-hors-les-murs
IIIe Dimanche de Pâques, 14 avril 2013, Extraits:

 

L’évangéliste souligne que « personne n’osait lui demander : “qui es-tu ?” Ils savaient que c’était le Seigneur » (Jn 21, 12). Et c’est un point important pour nous : vivre une relation intense avec Jésus, une intimité de dialogue et de vie, pour ainsi le reconnaître comme “le Seigneur”. L’adorer ! Le passage de l’Apocalypse que nous avons écouté nous parle de l’adoration : la multitude d’anges, toutes les créatures, les êtres vivants, les anciens, se prosternent en adoration devant le Trône de Dieu et l’Agneau immolé, qui est le Christ, à qui vont la louange, l’honneur et la gloire (cf. Ap 5, 11-14). Je voudrais que nous nous posions tous cette question : Toi, moi, adorons-nous le Seigneur ? Allons-nous à Dieu seulement pour demander, pour remercier, ou allons-nous à lui aussi pour l’adorer ? Que veut dire alors adorer Dieu ? Cela signifie apprendre à rester avec lui, à nous arrêter pour dialoguer avec lui, en sentant que sa présence est la plus vraie, la meilleure, la plus importante de toutes. Chacun de nous, dans sa propre vie, de manière inconsciente et peut-être parfois sans s’en rendre compte, a un ordre bien précis des choses qu’il retient plus ou moins importantes. Adorer le Seigneur veut dire lui donner la place qu’il doit avoir ; adorer le Seigneur veut dire affirmer, croire, non pas simplement en paroles, que lui seul guide vraiment notre vie ; adorer le Seigneur veut dire que devant lui nous sommes convaincus qu’il est le seul Dieu, le Dieu de notre vie, le Dieu de notre histoire.

 

4. Cela a une conséquence dans notre vie : se dépouiller de beaucoup d’idoles petites et grandes que nous avons, et dans lesquelles nous nous réfugions, dans lesquelles nous cherchons et plaçons bien des fois notre sécurité. Ce sont des idoles que nous tenons souvent cachées ; elles peuvent être l’ambition, le carriérisme, le goût du succès, le fait de se mettre soi-même au centre, la tendance à dominer les autres, la prétention d’être les seuls maîtres de notre vie, quelques péchés auxquels nous sommes attachés, et beaucoup d’autres. Ce soir, je voudrais qu’une question résonne dans le cœur de chacun de nous et que nous y répondions avec sincérité : ai-je pensé, moi, à cette idole cachée que j’ai dans ma vie et qui m’empêche d’adorer le Seigneur ? Adorer c’est se dépouiller de nos idoles mêmes les plus cachées, et choisir le Seigneur comme le centre, comme la voie royale de notre vie.

 

Chers frères et sœurs, le Seigneur nous appelle chaque jour à le suivre avec courage et fidélité ; il nous a fait le grand don de nous choisir comme ses disciples ; il nous invite à l’annoncer avec joie comme le Ressuscité, mais il nous demande de le faire par la parole et par le témoignage de notre vie, dans le quotidien. Le Seigneur est l’unique, l’unique Dieu de notre vie et il nous invite à nous dépouiller des nombreuses idoles et à l’adorer lui seul. Annoncer, témoigner, adorer. Puissent la Bienheureuse Vierge Marie et l’apôtre Paul nous aider sur ce chemin et intercéder pour nous. Ainsi soit-il.

 


VOYAGE APOSTOLIQUE À RIO DE JANEIRO
À L'OCCASION DE LA XXVIIIe JOURNÉE MONDIALE DE LA JEUNESSE

Bord de mer de Copacabana, Rio de Janeiro
Jeudi 25 juillet 2013

HOMÉLIE DU SAINT-PÈRE, Extraits:

 

Cher jeune : « mets le Christ » dans ta vie. En ces jours, il t’attend : écoute-le avec attention et sa présence enthousiasmera ton cœur. « Mets le Christ » : Il t’accueille dans le Sacrement du Pardon, par sa miséricorde, il soigne toutes les blessures du péché. N’aie pas peur de demander pardon à Dieu. Il ne se fatigue jamais de nous pardonner, comme un père qui nous aime. Dieu est pure miséricorde ! « Mets le Christ » : Il t’attend dans l’Eucharistie, Sacrement de sa présence, de son sacrifice d’amour, et il t’attend aussi dans l’humanité de tant de jeunes qui t’enrichiront de leur amitié, qui t’encourageront de leur témoignage de foi, qui t’apprendront le langage de l’amour, de la bonté, du service. Toi aussi, cher jeune, tu peux être un témoin joyeux de son amour, un témoin courageux de son Évangile pour porter dans ce monde un peu de lumière. Laisse-toi aimer par Jésus, il est un ami que ne déçoit pas.

 

 


PAPE FRANÇOIS

MÉDITATION MATINALE EN LA CHAPELLE DE LA
MAISON SAINTE-MARTHE

Vendredi 10 janvier 2014, Extraits

 

Le Credo des perroquets

Le chrétien ne répète pas le Credo par cœur comme un perroquet et ne vit pas comme un éternel « perdant », mais il confesse sa foi tout entière et il a la capacité d’adorer Dieu, en faisant ainsi s’élever le thermomètre de la vie de l’Église. Pour le Pape François, « confesser et nous confier » sont les deux paroles clés qui nourrissent et renforcent l’attitude de celui qui croit, car « notre foi est une victoire qui a vaincu le monde » comme l’écrit l’apôtre Jean dans sa première lettre. Le Pape l’a réaffirmé au cours de la Messe du 10 janvier. François a repris le fil conducteur de la méditation de la veille. Jean écrit : quiconque reste en Dieu, quiconque a été engendré par Dieu, quiconque reste dans l’amour vainc le monde. « Il est fort ! » s’est exclamé le Pape, car « la victoire qui a vaincu le monde est notre foi. Notre foi peut tout: elle est victoire ! ». Il s’agit d’une vérité qu’il « serait beau » de se répéter souvent, « car très souvent, nous sommes des chrétiens vaincus. L’Église — a affirmé le Pape — est pleine de chrétiens vaincus, qui ne croient pas que la foi est victoire, qui ne vivent pas cette foi. Et si l’on ne vit pas cette foi, il y a la défaite. Et le monde vainc, le prince du monde ». La question fondamentale à se poser à soi-même est alors : « Qu’est cette foi ? ». Précisément « cette foi nous demande deux attitudes : confesser et nous confier » a dit le Pape. Tout d’abord, « la foi est confesser Dieu ; mais le Dieu qui s’est révélé à nous depuis l’époque de nos pères jusqu’à présent: le Dieu de l’histoire ». C’est ce que nous affirmons tous les jours dans le Credo. Mais — a précisé le Pape — « c’est une chose que de réciter le Credo avec le cœur, et une autre de le faire comme des perroquets: je crois en Dieu, je crois en Jésus Christ, je crois... ».

 

Le Pape a poursuivi en proposant un examen de conscience : « Est-ce que je crois dans ce que je dis ? Cette confession de foi est véritable ou est-ce que je le dis par cœur, parce qu’on doit le dire ? Ou est-ce que je crois à moitié ? ». Il faut donc « confesser la foi ». Et la confesser « toute, pas une partie. Toute ! ». Mais, a-t-il ajouté, il faut aussi « la conserver entièrement telle qu’elle nous est arrivée par la voie de la tradition. Toute la foi ! ». Le Pape a ensuite indiqué « le signe » pour reconnaître si nous confessons « bien la foi ». En effet, « qui confesse bien la foi, toute la foi, a la capacité d’adorer Dieu ». C’est un « signe » qui peut sembler « un peu étrange — a commenté le Pape — car nous savons comment demander à Dieu, comment rendre grâce à Dieu. Mais adorer Dieu, louer Dieu est davantage. Seul celui qui a cette foi forte est capable de l’adoration ». Précisément sur l’adoration, a fait remarquer le Pape, « j’ose dire que le thermomètre de la vie de l’Église est un peu bas : nous chrétiens nous n’avons pas tellement — à part certains — de capacité d’adorer, car dans la confession de la foi nous ne sommes pas convaincus. Ou bien nous sommes convaincus à moitié ». Nous devrions en revanche retrouver la capacité « de louer et d’adorer » Dieu ; également parce que, a ajouté le Pape, la prière pour « demander et rendre grâce nous la faisons tous ». Quant à la deuxième attitude, le Pape François a rappelé que « l’homme ou la femme qui a la foi se confie à Dieu. Se confie. Paul, dans les moments sombres de sa vie, disait : je sais bien à qui je me suis confié. À Dieu. Au Seigneur Jésus ». Et « se confier — a-t-il affirmé — nous conduit à l’espérance. De même que la confession de la foi nous conduit à l’adoration et à la louange de Dieu, se confier à Dieu nous conduit à une attitude d’espérance ».

 

 


PAPE FRANÇOIS

Le pape encourage à savoir « perdre son temps » devant le Seigneur

Il recommande la prière de l’adoration lors de la messe à Sainte-Marthe

Vendredi 20 octobre 2016, Extraits

 

Le pape François a encouragé à savoir « perdre son temps » devant le Seigneur, lors de la messe en la chapelle de la Maison Sainte-Marthe au Vatican, le 20 octobre 2016. Dans son homélie, il a particulièrement recommandé la prière de l’adoration.

 

Durant la célébration matinale, le pape a commenté la première lecture (Ep 3, 14-21), où saint Paul « s’immerge » dans la « mer immense qui est la personne du Christ ». Mais « comment pouvons-nous connaître le Christ ? », comment comprendre « l’amour du Christ qui dépasse toute connaissance ? », s’est-il demandé.

 

Lire l’Evangile et étudier le catéchisme sont des façons de connaître le Christ « mais cela n’est pas suffisant », a répondu le pape François : pour être en mesure de comprendre quelle est la largeur, la longueur, la hauteur, la profondeur de Jésus Christ, il faut entrer dans un contexte de prière (…) à genoux : l’adoration ».

 

« On ne connaît pas le Seigneur sans cette habitude d’adorer, d’adorer en silence », a assuré le pape en constatant que cette prière d’adoration était peu connue et pratiquée parmi les croyants. Il s’agit de savoir « perdre son temps devant le Seigneur, devant le mystère de Jésus-Christ. Adorer. Là en silence, le silence de l’adoration. Il est le Seigneur et je l’adore ».

 

La connaissance du Christ demande aussi « d’avoir conscience de nous-mêmes » et de se reconnaître « pécheurs », a-t-il ajouté. « On ne peut adorer sans s’accuser soi-même ».

 

Le pape a résumé en conclusion : « Pour entrer dans cette mer sans fond, sans rive, qui est le mystère de Jésus-Christ, il faut (…) l’adoration du mystère, entrer dans le mystère en adorant ». Pour cela, il a formulé cette prière : « Père envoie-moi l’Esprit pour connaître Jésus-Christ ». Et il faut « s’accuser soi-même : ‘je suis un homme aux lèvres impures’ ».

Discours du pape

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
AUX PARTICIPANTS À L'ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE
DE L'UNION INTERNATIONALE DES SUPÉRIEURES GÉNÉRALES

Salle Paul VI, Mercredi 8 mai 2013, Extraits

 

Jésus, au cours de la Cène, s’adresse aux apôtres à travers ces paroles : « Ce n’est pas vous qui m’avez choisi ; mais c’est moi qui vous ai choisis » (Jn 15, 16), qui rappellent à tous, non seulement à nous prêtres, que la vocation est toujours une initiative de Dieu. C’est le Christ qui vous a appelées à le suivre dans la vie consacrée et cela signifie accomplir continuellement un « exode » de vous-mêmes pour centrer votre existence sur le Christ et sur son Évangile, sur la volonté de Dieu, en vous dépouillant de vos projets, pour pouvoir dire avec saint Paul : « Ce n’est plus moi qui vis, mais le Christ qui vit en moi » (Ga 2, 20). Cet « exode » de soi signifie se placer sur un chemin d’adoration et de service. Un exode qui nous conduit à un chemin d’adoration du Seigneur et de service à Lui dans nos frères et sœurs. Adorer et servir: deux attitudes qui ne peuvent pas être séparées, mais qui doivent toujours aller de pair. Adorer le Seigneur et servir les autres, en ne gardant rien pour soi : tel est le « dépouillement » de celui qui exerce l’autorité. Vivez et rappelez toujours le caractère central du Christ, l’identité évangélique de la vie consacrée. Aidez vos communautés à vivre l’« exode » de soi dans un chemin d’adoration et de service, avant tout à travers les trois axes de votre existence.

  


VISITE PASTORALE À ASSISE

RENCONTRE AVEC LES ENFANTS MALADES DE L'INSTITUT SÉRAPHIQUE

DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS

Assise, Vendredi 4 octobre 2013

 

Nous sommes au milieu des plaies du Seigneur, avez-vous dit, Madame. Vous avez également dit que ces plaies ont besoin d’être écoutées, d’être reconnues. Et il me vient à l’esprit lorsque le Seigneur Jésus allait en chemin avec ces deux disciples tristes. À la fin, le Seigneur Jésus a fait voir ses blessures et ils l’ont reconnu. Puis le pain, où Il était. Mon frère Domenico [ndlr : Domenico Sorrentino, évêque d’Assise-Nocera Umbra-Gualdo Tadino] me disait qu’ici, se pratique l’Adoration. Ce pain aussi a besoin d’être écouté, parce que Jésus est présent et caché dans ces jeunes, dans ces enfants, dans ces personnes. Sur l’autel, nous adorons la Chair de Jésus : en eux, nous trouvons les plaies de Jésus. Jésus caché dans l’Eucharistie et Jésus caché dans ces plaies. Elles ont besoin d’être écoutées ! Sans doute pas tant sur les journaux, comme des nouvelles ; c’est une écoute qui dure un, deux, trois jours, et puis en vient une autre, et encore une autre... Elles doivent être écoutées par ceux qui se disent chrétiens. Le chrétien adore Jésus, le chrétien cherche Jésus, le chrétien sait reconnaître les plaies de Jésus. Et aujourd’hui, nous tous ici, avons la nécessité de dire : « Ces blessures doivent être écoutées ! ». Mais c’est une autre chose qui nous donne l’espérance. Jésus est présent dans l’Eucharistie, là se trouve la Chair de Jésus ; Jésus est présent parmi vous, c’est la Chair de Jésus : ce sont les plaies de Jésus dans ces personnes.

Mais cela est intéressant : lorsque Jésus est ressuscité, il était très beau. Il n’avait pas de meurtrissures sur le corps, de blessures... rien ! Il était plus beau ! Mais il a voulu conserver les plaies et les a emportées avec lui au Ciel. Les plaies de Jésus sont ici et sont au Ciel devant le Père. Nous nous occupons des plaies de Jésus ici et Lui, du Ciel, nous montre ses plaies et nous dit à tous, à nous tous : « Je t’attends ! ». Ainsi soit-il.

Que le Seigneur vous bénisse tous. Que son amour descende sur nous, marche avec nous ; que Jésus nous dise que ces plaies sont à Lui et nous aide à leur donner voix afin que nous, chrétiens, les écoutions.

 


DISCOURS DU PAPE FRANÇOIS
AUX PARTICIPANTS À LA RENCONTRE ORGANISÉE
PAR LE CONSEIL PONTIFICAL POUR LA PROMOTION
DE LA NOUVELLE ÉVANGÉLISATION

Salle Paul VI
Vendredi 19 septembre 2014, Extraits

 

Un autre aspect: ne suivons pas, s’il vous plaît, la voix des sirènes qui appellent à faire de la pastorale une série convulsive d’initiatives, sans réussir à saisir l’essentiel de l’engagement de l’évangélisation. Il semble parfois que nous sommes davantage préoccupés de multiplier les activités plutôt que d’être attentifs aux personnes et à leur rencontre avec Dieu. Une pastorale qui n’a pas cette attention devient peu à peu stérile. N’oublions pas de faire comme Jésus avec ses disciples : après qu’ils étaient allés dans les villages pour apporter l’annonce de l’Évangile, ils revinrent satisfaits de leurs succès ; mais Jésus les prend à part, dans un lieu solitaire pour passer un peu de temps avec eux (cf. Mc 6, 31). Une pastorale sans prière et contemplation ne pourra jamais atteindre le cœur des personnes. Elle s’arrêtera à la surface sans permettre que la semence de la Parole de Dieu puisse s’enraciner, germer, croître et porter du fruit (cf. Mt 13, 1-23).

Divers

LA FAÇON DE PRIER DU PAPE FRANCOIS

Interview aux revues jésuites, août 2013, extraits

 

• Son naturel optimiste

«Je n'aime pas utiliser le mot “optimiste” parce qu'il décrit une attitude psychologique. Je préfère le mot “espérance”. (…) L'espérance chrétienne n'est pas un fantôme et elle ne trompe pas. C'est une vertu théologale et donc, finalement, un cadeau de Dieu qui ne peut pas se réduire à l'optimisme qui n'est qu'humain.»

 

• Sa façon de prier

«Je prie l'Office chaque matin. J'aime prier avec les psaumes. Je célèbre ensuite la messe. Et je prie le rosaire. Ce que je préfère vraiment, c'est l'Adoration du soir, même quand je suis distrait, que je pense à autre chose, voire quand je sommeille dans ma prière. Entre 7 et 8 heures du soir, je me tiens devant le saint sacrement pour une heure d'adoration. Mais je prie aussi mentalement quand j'attends chez le dentiste ou à d'autres moments de la journée. La prière est toujours pour moi une prière “mémorieuse” (memoriosa), pleine de mémoire, de souvenirs, la mémoire de mon histoire ou de ce que le Seigneur a fait dans son Église ou dans une paroisse particulière. (…) Je me demande: “Qu'ai-je fait pour le Christ? Qu'est-ce que je fais pour le Christ? Que dois-je faire pour le Christ?” (…) Par-dessus tout, je sais que le Seigneur se souvient de moi. Je peux L'oublier, mais je sais que Lui, jamais. Jamais Il ne m'oublie.»

 

• Sa vision de Dieu

«Mais le Dieu “concret”, pour ainsi dire, est aujourd'hui. C'est pourquoi les lamentations ne nous aideront jamais à trouver Dieu. Les lamentations qui dénoncent un monde “barbare” finissent par faire naître à l'intérieur de l'Église des désirs d'ordre entendu comme pure conservation ou réaction de défense. Non: Dieu se rencontre dans l'aujourd'hui.»


Méditation du Pape lors de la retraite sacerdotale à saint-Jean-de-Latran à Rome vendredi 12 juin, fête du Sacré Coeur. 

 

Si tu es là, devant le Saint-Sacrement et que tu dors, ne t’inquiète pas ! Laisse-toi regarder par Lui [le Seigneur, présent dans le Saint-Sacrement],  mais vas-y, vas-y, devant ce tabernacle ! Ne le lâche pas ! Et si tu ne sais pas quoi Lui dire, si tu es fatigué, dis-Lui que tu es fatigué ; et si tu t’endors, demande-Lui de te regarder et que l’Esprit-Saint prie pour toi, là, dans ce dialogue qui est un dialogue d’amour, un dialogue silencieux, sans parole.