Un nouvel héroïsme – 6 octobre

par Aymeric Pourbaix ( France Catholique).

Le projet de loi bioéthique, dont l’examen a commencé aujourd’hui à l’Assemblée, constitue pour l’Académie de médecine « une rupture anthropologique majeure », car elle prive délibérément l’enfant de son droit le plus élémentaire : celui de connaître et d’être élevé par un père.

Mais il y a autre chose. Ce que révèle aussi ce texte, c’est une fascination pour ce que permet la technique, un « aveuglement » même, comme l’a souligné Mgr Éric de Moulins-Beaufort aux Bernardins le 16 septembre. Le nouveau credo semble être : puisque c’est possible, faisons-le ! En soi, le progrès technique n’est bien sûr pas une mauvaise chose, mais ici il devient une idole, à laquelle on ne met pas de limite. Au risque de l’asservissement de l’homme : il suffit de voir à quel parcours du combattant sont soumis les couples avec la PMA ; ou encore le rejet que vont subir de plus en plus les enfants trisomiques avec l’élargissement envisagé du diagnostic préimplantatoire.

Mettre Dieu dans la balance 

Face à ce rouleau compresseur technique et législatif, le risque existe, dans une ère de post-chrétienté, du découragement, de l’à quoi bon… C’est alors qu’il faut voir plus loin, et relire les paroles prophétiques d’un Gustave Thibon. « Nous n’aurons bientôt plus le choix qu’entre l’artificiel et le divin », écrivait-il en 1943, dans un maître-livre intitulé Retour au réel. Quand les certitudes naturelles les mieux établies s’effondrent – le mariage, la famille, la filiation – c’est alors qu’il faut plonger dans le surnaturel, en Dieu : « Il faut mettre Dieu tout entier dans la balance pour pencher du côté du bien », expliquait Thibon.

Par exemple, par l’adoration eucharistique et les processions au Saint-Sacrement, rétablir la place qui est la sienne : la première !

La croix contre les idoles

Plus que les moyens du monde, c’est même le seul levier capable d’inverser vraiment le cours des événements. De même que pour lutter contre les idoles, Moïse a élevé un serpent, assimilé à une croix, dans le désert, « désormais toutes nos espérances se rencontrent sur le Calvaire, ajoutait le philosophe de l’Ardèche : toute notre vie sera blottie au pied de la Croix ». Car au final, seule la croix sauve. Pas la politique. La croix, c’est-à-dire l’amour donné jusqu’à l’incompréhension. Comme le fait d’élever un enfant trisomique aujourd’hui, face aux regards réprobateurs de la société.

La sainteté « ordinaire »

L’espérance de Thibon reposait ainsi sur un « nouvel héroïsme [qui] se lève sur ces ruines », celui qu’il faudra pour mener une simple vie d’honnête homme. C’est même « la sainteté qui portera la nature », et dont le premier exemple, selon lui, était sainte Thérèse de Lisieux. Un héroïsme du quotidien en quelque sorte, secret, sans éclat extérieur, « qui soutient tout et n’apparaît pas ». Et qui serait, prophétisait-il, les prémices d’une « effusion plus profonde de la grâce ».

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