Evangélisation pour l’Eucharistie

3.a. Amener le monde à l’Agneau de Dieu.

L’écriture dit de Jésus : “Le monde n’a pas connu le Fils » (1 Jn 3, 1). “Il était dans le monde et le monde ne l’a pas reconnu” (Jn 1, 10). Alors, Jean-Baptiste dit : “Au milieu de vous se tient quelqu’un que vous ne connaissez pas, dont je ne suis pas digne de dénouer la courroie de ses sandales” (Jn 1, 26). Alors, “les cieux s’ouvrirent” et “l’Esprit de Dieu descendit sur lui comme une colombe. Et voici qu’une voix venue des cieux disait : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, qui a toute ma faveur » (Mt 3, 17). La seule fois que le Père parle dans Évangile est pour dire au monde où se trouve Jésus, “Celui-ci est mon Fils bien-aimé” (Mt 3, 17). Voilà la vraie évangélisation. C’est l’évangélisation du Père céleste : dire au monde où se trouve Jésus pour que tous aillent à lui. “Quiconque s’est mis à l’écoute du Père et à son école vient à moi” (Jn 6 45), nous dit Jésus dans son discours eucharistique.

Cette évangélisation du Père céleste, de dire au monde où se trouve Jésus, est continuée par Jean-Baptiste. Dès que celui-ci a reconnu le Christ, il envoie ses disciples à Jésus, l’Agneau de Dieu. Évangéliser, c’est amener au Christ, car lui seul donne le salut: « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde ». L’Eucharistie est véritablement l’Agneau de Dieu au milieu de nous ; c’est Jésus dans sa présence sacrificielle. Chaque Chrétien doit être un nouveau Jean-Baptiste, fixant les yeux sur le Christ (Hb 11, 2) et pointant du doigt l’Agneau de Dieu, Jésus dans l’Eucharistie, pour que tous aillent à lui…

Cette évangélisation se continue d’âge en âge par le pape, le vicaire du Christ sur terre. Jean-Paul II, citant Vatican II, explique que “la Sainte Eucharistie est la source et le sommet de toute évangélisation. C’est le but de toute proclamation de l’Évangile”. Les derniers papes ont maintes fois prêchés et écrits sur la Présence Réelle de Jésus au Saint-Sacrement et sur la valeur, la puissance et l’importance de l’adoration eucharistique.

Le Saint-Sacrement est la fontaine de toute vie chrétienne, le centre spirituel de notre communauté paroissiale qui nous permet de rencontrer le Christ, vrai Dieu et vrai homme d’une manière durable… et de nous laisser voir par lui… C’est le Mystère de la Foi, le plus grand miracle, l’expression d’amour infini où nous faisons l’expérience de sa présence.

Saint Jean-Paul II

Jour et nuit, il (Jésus au Saint-Sacrement) est au milieu de nous et habite avec nous, plein de grâce et de vérité ; il restaure les mœurs, nourrit les vertus, console les affligés, fortifie les faibles et invite instamment à l’imiter tous ceux qui s’approchent de lui, afin qu’à son exemple ils apprennent la douceur et l’humilité de cœur, qu’ils sachent chercher non leurs propres intérêts mais ceux de Dieu. Ainsi quiconque aborde le vénérable Sacrement avec une dévotion particulière et tâche d’aimer d’un cœur généreux le Christ qui nous aime infiniment, éprouve et comprend à fond, non sans joie intime ni sans fruit, le prix de la vie cachée avec le Christ en Dieu ; il sait d’expérience combien cela en vaut la peine de s’entretenir avec le Christ ; rien de plus doux sur terre, rien de plus apte à faire avancer dans les voies de la sainteté.

Paul VI, Mysterium Fidei, 1965

Évangéliser, c’est annoncer la Bonne Nouvelle. Jésus est la Bonne Nouvelle. Il se donne en nourriture et demeure parmi nous au Saint-Sacrement pour nous combler de son amour, de sa force et de sa grâce. Il nous fait remonter vers notre fin dernière, l’adorable Trinité. Il nous envoie alors l’annoncer pour que tous viennent l’entourer et trouver en lui sa fin ultime.

3.b. Eucharistie et justice, charité

De l’autel eucharistique, cœur battant de l’Église, naît constamment le flux évangélisateur de la Parole et de la Charité. Aussi le contact avec l’Eucharistie doit-il mener à un engagement plus grand pour rendre présente dans toutes les réalités humaines l’œuvre de rédemption du Christ. L’amour de l’Eucharistie doit pousser à mettre en pratique les exigences de justice, de fraternité, de service, d’égalité entre les hommes.

Saint Jean-Paul II, Congrès International Eucharistique de Séville 1993

Jean Vanier rappelle comment évangéliser les petits et les pauvres à partir de l’Eucharistie :

Pour évangéliser un tout petit, il faut d’abord prier avec lui et non pas faire semblant de prier, par une sorte de condescendance. Il faut être redevenu soi-même tout petit et adorer en esprit et en vérité… La prière d’adoration, pour la personne handicapée comme pour le petit enfant est la première forme de prière, la plus contemplative mais en même temps la plus simple et la plus primitive… L’adoration n’est pas quelque chose de mental, cela implique tout l’être toute une attitude du corps. Le tout petit enfant cesse de se traîner par terre à ce moment-là ; il se prosterne, il joint les mains, tout naturellement. Ici, le tout petit enfant ne s’arrête plus aux merveilles de Dieu. C’est le Mystère de Dieu qu’il atteint. Ce sont les Personnes divines.

Jean Vanier

Les problèmes qui assombrissent notre horizon actuel sont nombreux… C’est dans ce monde que doit jaillir de nouveau l’espérance chrétienne !

C’est aussi pour cela que le Seigneur a voulu demeurer avec nous dans l’Eucharistie, en inscrivant dans la présence de son sacrifice et de son repas la promesse d’une humanité renouvelée par son amour. De manière significative, là où les Évangiles synoptiques racontent l’institution de l’Eucharistie, l’Évangile de Jean propose, en en illustrant ainsi le sens profond, le récit du « lavement des pieds », par lequel Jésus se fait maître de la communion et du service (cf. Jn 13, 1-20). De son côté, l’Apôtre Paul déclare «indigne» d’une communauté chrétienne la participation à la Cène du Seigneur dans un contexte de divisions et d’indifférence envers les pauvres (cf. 1 Co 11, 17-22. 27-34). Proclamer la mort du Seigneur « jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11, 26) implique, pour ceux qui participent à l’Eucharistie, l’engagement de transformer la vie, pour qu’elle devienne, d’une certaine façon, totalement « eucharistique ». Ce sont précisément ce fruit de transfiguration de l’existence et l’engagement à transformer le monde selon l’Évangile qui font resplendir la dimension eschatologique de la Célébration eucharistique et de toute la vie chrétienne: « Viens, Seigneur Jésus! » (Ap 22, 20).

Saint Jean-Paul II, dans Ecclesia de Eucharistia, n° 20

Eucharistie et prochain : Le sens authentique de l’Eucharistie devient, de soi, une école d’amour effectif envers le prochain. Nous savons que tel est l’ordre véritable et intégral de l’amour que le Seigneur nous a enseigné : “A ceci, tous vous reconnaîtront pour mes disciples, à cet amour que vous aurez les uns pour les autres.” L’Eucharistie nous éduque plus profondément à cet amour. Elle nous montre en effet la valeur aux yeux de Dieu de tout être humain, notre frère et notre sœur, si le Christ s’offre lui-même pareillement à chacun, sous les espèces du pain et du vin. Si notre culte eucharistique est authentique, il doit faire croître en nous la conscience de la dignité de tout homme. La conscience de cette dignité devient le motif le plus profond de notre rapport avec le prochain. Nous devons aussi devenir particulièrement sensibles à toutes les souffrances et à toutes les misères humaines, à toutes les injustices et à tous les torts, en cherchant le moyen d’y remédier de manière efficace. Nous apprenons à découvrir avec respect la vérité sur l’homme intérieur, parce que cet intérieur de l’homme devient précisément la demeure de Dieu présent dans l’Eucharistie. Le Christ vient dans les cœurs et visite la conscience de nos frères et de nos sœurs. Comme change l’image de tous et de chacun quand nous prenons conscience de cette réalité, quand nous en faisons l’objet de nos réflexions ! Le sens du mystère eucharistique nous pousse à aimer le prochain, à aimer tout homme.

Saint Jean-Paul II, ‘Dominicae Cenae’ : “Le mystère et le culte de la sainte Eucharistie”, 1980

La proximité avec le Christ, dans le silence de la contemplation, n’éloigne pas de nos contemporains mais, au contraire, elle nous rend attentifs et ouverts aux joies et aux détresses des hommes, et elle élargit le cœur aux dimensions du monde. Elle nous rend solidaires de nos frères en humanité, particulièrement des plus petits, qui sont les bien-aimés du Seigneur.

Saint Jean-Paul II, Lettre à Mgr Houssiau, 1994

L’Heure Sainte devant l’Eucharistie doit nous conduire à l’heure sainte avec les pauvres…

Mère Teresa de Calcutta

3.c. Tout restaurer en Jésus-Christ – Civilisation de l’Amour

Notre adoration pousse le Cœur de Jésus à accomplir sa promesse de restauration universelle : « Voici je fais toutes choses nouvelles » (Ap 21, 5).

Notre Seigneur Jésus ressuscité a deux trônes : un de gloire et de majesté au ciel, à la droite du Père (Ap 4) ; un d’humilité et de douceur au Saint-Sacrement (Ap 5). Il a deux cours : une au ciel avec les anges et les saints ; une sur terre formée de ceux qui le reconnaissent et l’adorent au Saint-Sacrement.

Saint Pierre-Julien Eymard

Par l’Eucharistie, la liturgie terrestre est une participation à la liturgie céleste. Dans l’Eucharistie, l’Agneau de Dieu, sans quitter le Ciel, se rend présent sur terre. Dans le chapitre 4 de l’Apocalypse, nous contemplons l’adoration de Dieu par les créatures célestes. Dans le chapitre suivant, nous découvrons l’adoration de l’Agneau par les créatures célestes, mais aussi par les créatures terrestres. C’est la même adoration ! Ciel et terre adorent l’Agneau vainqueur !

Dans ses écrits, saint Pierre-Julien Eymard décrit les trois ‘milices’ de notre Seigneur, insistant sur la plus noble des trois : la ‘milice‘ eucharistique. Par le mot « milice« , qui doit se comprendre dans le contexte de l’époque, le père Eymard évoque les adorateurs qui entourent notre Seigneur au Saint-Sacrement, lui donnant l’amour, l’honneur et la gloire qui lui reviennent comme Roi. Comme saint Paul qui emploie souvent un vocabulaire militaire, saint Eymard utilise un vocabulaire similaire pour exprimer le zèle, l’ardeur, le feu que doivent animer le cœur des vrais adorateurs du Saint-Sacrement. Tout vient du Christ, tout doit lui servir et procurer la gloire de sa personne dans l’Eucharistie. Il s’agit donc de ‘servir et combattre’ pour attirer les âmes autour de notre Seigneur au Saint-Sacrement. L’indifférence envers la personne de Jésus au Saint-Sacrement : voilà le plus grand mal de notre temps. Le texte suivant reprend les paroles de saint Eymard lors de la Grande Retraite de 1865 prêchée à Rome.

Jésus au Saint-Sacrement est Roi, mais un Roi désarmé qui ne s’impose pas par la force. Un Roi sans glaive, qui ne compte que sur les consciences, et dont le simple service, libre et volontaire, suffit pour régler et purifier les mœurs, améliorer progressivement les institutions sociales. Il est un Roi qui laisse pleine liberté à ses sujets, un Roi dont le Règne est si doux, qu’on puisse dire, en un sens, qu’Il ne gouverne pas, mais que le Règne appartient à ceux qui Le serve: SERVIR DIEU, C’EST RÉGNER.

Dans les paragraphes suivants, le père Eymard estime que la société, dans ses structures les plus profondes, sera progressivement renouvelée lorsque ses membres se rassembleront autour de ce Roi, présent au Saint-Sacrement, doux et humble de Cœur. Plus la foi et la piété d’un peuple se portent sur le culte de l’Eucharistie, plus elle en reçoit la lumière, la chaleur et son salut. Le Père Eymard parlait de « Règne social » ou de « siècle de l’Eucharistie » :

Nous ne craignons pas de l’affirmer, le culte de l’Exposition est le besoin de notre temps… Il est nécessaire pour sauver la société. La société se meurt, parce qu’elle n’a plus de centre de vérité et de charité. Plus de vie de famille : chacun s’isole, se concentre, veut se suffire. Mais la société renaîtra, pleine de vigueur, quand tous ses membres viendront se joindre autour de Notre Emmanuel. Les rapports d’esprit se réformeront tout naturellement, sous une vérité commune : les liens de l’amitié vraie et forte se renoueront sous l’action d’un même amour. Le grand mal du temps, c’est qu’on ne va pas à Jésus-Christ. On délaisse le seul fondement, la seule loi, la seule grâce de salut.

Remonter à la source de la vie, à Jésus, et non pas seulement à Jésus de passage en Judée, ou à Jésus glorifié dans le Ciel, mais encore et surtout à Jésus dans l’Eucharistie. il le faut faire sortir de sa retraite, pour qu’il se mette de nouveau à la tête de nos sociétés chrétiennes, qu’il dirigera, qu’il sauvera. Il faut Lui reconstruire un palais, un trône royal, une cour de fidèles serviteurs, une famille d’amis, un peuple d’adorateurs.

Mais il ne suffisait pas à saint Eymard d’installer sur la terre un organisme qui relèverait partout le Cénacle et le Trône pacifique du Roi des hommes par le spectacle de l’Adoration perpétuelle. Il fallait surtout relever le Trône dans les âmes. Ce règne est une lumière : il faut que les âmes en soient éclairées ; c’est une vertu, c’est la vertu, c’est la grâce totale : il faut qu’elle coule dans les cœurs. Le vrai temple, le vrai tabernacle, le trône du Roi, c’est l’âme humaine, où doit s’organiser le service intérieur de l’Eucharistie. C’est alors que chaque âme deviendra une capitale, une Cité divine, où la volonté du Père est faite comme au Ciel… Une nation sainte, un sacerdoce royal. – Servir Dieu, c’est régner.

Qu’est-ce que je vous ai souhaité cette année ? Vous le savez bien : le règne Eucharistique de Notre Seigneur en vous. Remarquez bien que je ne dis pas la dévotion, la vertu, l’amour même ; mais le règne, c’est-à-dire le don de tout vous-même à ce bon Maître pour être sa chose, son champ, son cœur, sa vie, et même sa mort. Il faut absolument en venir là, autrement vous ne seriez que comme le bois qu’on approche assez du foyer pour être desséché ; mais il peut fumer, pleurer, crier, être chaud : il ne brûle pas, s’il n’est dans le foyer… Allons, vous savez bien qu’on n’allume pas une bougie à un courant d’air, mais à la flamme elle-même. Et vous, que m’avez-vous souhaité ? l’amour de mon Maître ? mais je crois l’aimer. Son Paradis ? pas encore ; j’ai encore de qui souffrir… Souhaitez-nous le cénacle véritable… puis, le cénacle intérieur ; alors, je suis content.

St Pierre-Julien Eymard, 8 janvier 1864

Que subsiste-t-il à présent de cette revendication, parfois teintée de nostalgies évidentes, d’un « règne du Cœur de Jésus » ? Au lieu du concept triomphal d’un «règne social de Jésus-Christ », aisément travesti en restauration théocratique, celui, plus recevable aujourd’hui, d’une « civilisation de l’amour », dont la semence sera discrètement, si elle doit jamais advenir, le Cœur, enfoui au cœur du monde, du Rédempteur de l’homme. Inauguré par Paul VI le 8 décembre 1975, ce thème prophétique imprègne en profondeur la pensée politique de son successeur ; et celui-ci ne manque aucune occasion d’inviter notre actuelle société permissive à transiter vers cette «civilisation de la vérité et de l’amour», qui, seule, pourra donner son véritable contenu à la liberté humaine.


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