Evangéliser à partir de l’Eucharistie

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1.a. Vivre une rencontre personnelle avec le Christ, faire l’expérience de son amour infini

« Il n’y a rien de plus beau que d’être rejoints, surpris par l’Évangile, par le Christ. Il n’y a rien de plus beau que de le connaître et de communiquer aux autres l’amitié avec lui ». Cette affirmation acquiert une plus forte intensité si nous pensons au mystère eucharistique. En effet, nous ne pouvons garder pour nous l’amour que nous célébrons dans ce Sacrement. Il demande de par sa nature d’être communiqué à tous. Ce dont le monde a besoin, c’est de l’amour de Dieu, c’est de rencontrer le Christ et de croire en lui. C’est pourquoi l’Eucharistie n’est pas seulement source et sommet de la vie de l’Église; elle est aussi source et sommet de sa mission: « Une Église authentiquement eucharistique est une Église missionnaire ». Nous aussi, nous devons pouvoir dire à nos frères avec conviction:« Ce que nous avons contemplé, ce que nous avons entendu, nous vous l’annonçons à vous aussi, pour que, vous aussi, vous soyez en communion avec nous » (1 Jn 1, 3) » (Benoît XVI, Sacramentum Caritatis, n°84).

« Il est bon de s’entretenir avec Lui et, penchés sur sa poitrine comme le disciple bien-aimé (cf. Jn 13, 25), d’être touchés par l’amour infini de son cœur. Si, à notre époque, le christianisme doit se distinguer surtout par « l’art de la prière », comment ne pas ressentir le besoin renouvelé de demeurer longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse, en attitude d’amour, devant le Christ présent dans le Saint-Sacrement? Bien des fois, chers Frères et Sœurs, j’ai fait cette expérience et j’en ai reçu force, consolation et soutien! « (Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, 25)

« Saint Alphonse Marie de Liguori se distingua en particulier dans ce domaine, lui qui écrivait: « Parmi toutes les dévotions, l’adoration de Jésus dans le Saint-Sacrement est la première après les sacrements, la plus chère à Dieu et la plus utile pour nous ». L’Eucharistie est un trésor inestimable: la célébrer, mais aussi rester en adoration devant elle en dehors de la Messe permet de puiser à la source même de la grâce. Une communauté chrétienne qui veut être davantage capable de contempler le visage du Christ ne peut pas ne pas développer également cet aspect du culte eucharistique, dans lequel se prolongent et se multiplient les fruits de la communion au corps et au sang du Seigneur » (Jean-Paul II, Ecclesia de Eucharistia, 25)

Avant d’annoncer le Christ, il faut d’abord contempler son visage: « Notre témoignage se trouverait toutefois appauvri d’une manière inacceptable si nous ne nous mettions pas d’abord nous-mêmes à contempler son visage. Le grand Jubilé nous a assurément aidés à le faire d’une manière plus profonde. Au terme du Jubilé, tandis que nous reprenons le chemin de la vie ordinaire, conservant en nous la richesse des expériences vécues en cette période toute spéciale, notre regard reste plus que jamais fixé sur le visage du Seigneur. » (Jean-Paul II, Novo Millennio Ineunte)

 » Pour me garder du péché et ne pas me laisser m’éloigner de lui, Dieu utilise la dévotion du Sacré Cœur de Jésus au Saint-Sacrement. Ma vie est destinée à être passée dans la lumière émanant du tabernacle, et c’est au Cœur de Jésus que j’ose aller pour trouver la solution à tous mes problèmes. » (Jean XXIII)

Les témoignages des saint (cf Curé d’Ars, Pauline-Marie Jaricot et St Damien de Molokai mettent en exergue le lien entre l’adoration et l’évangélisation. Avant d’annoncer Jésus et ses merveilles, il faut faire une expérience de son amour infini dans la sainte Hostie.

1.b. Annoncer celui que l’on connaît

« Rester dans une attitude d’adoration face au Bon Pasteur présent dans le Saint-Sacrement de l’autel, pour s’entretenir intimement avec lui, constitue une priorité pastorale de loin supérieure à toute autre. Le prêtre qui est guide d’une communauté doit mettre en place cette priorité, afin de se prémunir contre l’aridité intérieure, et pour ne pas devenir un canal asséché, qui ne pourrait plus rien transmettre à personne. C’est la spiritualité qui s’avère décidément l’œuvre pastorale la plus importante. Tout plan pastoral, ou projet missionnaire, de même que n’importe quel dynamisme dans l’évangélisation, qui feraient abstraction du primat de la spiritualité et du culte divin, seraient voués à l’échec. » (« Le Prêtre, Pasteur et Guide de la communauté paroissiale », Congrègation du Clergé, 2002, n. 11)

Pour annoncer le Christ avec conviction, il faut d’abord le connaître et l’aimer. Pour ceci, il est nécessaire de le rencontrer personnellement. On ne peut parler que de ce qu’on connaît. On ne connaît pas une personne si on ne la connaît que par ouï-dire. Cette rencontre avec le Christ se réalise de manière privilégiée dans l’Eucharistie. Il est là, dans sa présence personnelle, corporelle. Bien que voilé sous les apparences du pain, c’est le même Jésus qui réalise pour nous aujourd’hui ce qu’il a accomplit dans les évangiles… Celui qui a vraiment rencontré le Christ ne peut le garder pour lui-même, il doit l’annoncer.

« Cette passion ne manquera pas de susciter dans l’Église un nouvel esprit missionnaire, qui ne saurait être réservé à un groupe de « spécialistes » mais qui devra engager la responsabilité de tous les membres du peuple de Dieu. Il faut un nouvel élan apostolique qui soit vécu comme un engagement quotidien des communautés et des groupes chrétiens. » (Jean-Paul II, Novo Millennio Ineunte)

« Nous sommes appelés à nous mettre à son école, pour être peu à peu configurés à Lui, pour laisser l’Esprit agir en nous, pour réaliser la mission qui nous est confiée. En particulier, l’amour du Christ nous pousse à travailler sans cesse pour l’unité de son Église, pour l’annonce de l’Évangile jusqu’aux extrémités de la terre et pour le service des hommes. ‘Nous ne formons qu’un seul Corps, car nous avons tous part à ce pain unique’ (1 Co 10, 17) : telle est la Bonne Nouvelle qui réjouit le cœur de l’homme et lui montre qu’il est appelé à prendre part à la vie bienheureuse avec Dieu. « Le mystère eucharistique est la source, le centre et le sommet de l’activité spirituelle et caritative de l’Église (Vatican II, Presbyterorum Ordinis, 6).

« La proximité avec le Christ, dans le silence de la contemplation, n’éloigne pas de nos contemporains mais, au contraire, elle nous rend attentifs et ouverts aux joies et aux détresses des hommes, et elle élargit le cœur aux dimensions du monde. Elle nous rend solidaires de nos frères en humanité, particulièrement des plus petits, qui sont les bien-aimés du Seigneur »(Jean-Paul II à Mgr Houssiau, 1994)

« Pour l’évangélisation aujourd’hui, il faut que le Cœur du Christ soit reconnu comme le Cœur de l’Eglise : c’est Lui qui appelle à la conversion, à la réconciliation. C’est Lui qui entraîne sur les voies des Béatitudes les cœurs purs et les affamés de justice. C’est Lui qui réalise la communion chaleureuse des membres du Corps unique. C’est Lui qui permet d’adhérer à la Bonne Nouvelle et d’accueillir les promesses de la vie éternelle. C’est Lui qui envoie en mission… Le cœur à cœur avec Jésus élargit le cœur de l’homme aux dimensions du monde. (Jean-Paul II, Homélie pour la canonisation du P. Claude la Colombière, le 31 mai 1992)

1.c. Fidélité et ferveur dans la prière

« Fixons les yeux sur le chef de notre foi, qui la mène à la perfection, Jésus » (Hb 12, 2)

« Oui, chers Frères et Sœurs, nos communautés chrétiennes doivent devenir d’authentiques « écoles » de prière, où la rencontre avec le Christ ne s’exprime pas seulement en demande d’aide, mais aussi en action de grâce, louange, adoration, contemplation, écoute, affection ardente, jusqu’à une vraie « folie » du cœur. Il s’agit donc d’une prière intense, qui toutefois ne détourne pas de l’engagement dans l’histoire: en ouvrant le cœur à l’amour de Dieu, elle l’ouvre aussi à l’amour des frères et rend capable de construire l’histoire selon le dessein de Dieu. »(Jean-Paul II, Novo Millennio Ineunte).

L’adoration consiste à se laisser regarder, aimer et saisir par le Christ qui nous conduit au Père. Annoncer Dieu, c’est introduire à la relation à Dieu : apprendre à prier. La prière est la foi en acte. Et ce n’est que dans l’expérience de la vie avec Dieu qu’apparaît aussi l’évidence de son existence. C’est pour cette raison que sont si importantes les écoles et les communautés de prière.

L’adoration eucharistique nous place à l’école du Coeur de Jésus, école de douceur, d’humilité et d’ardente charité. Sainte Thérèse de Lisieux trouvait en l’Eucharistie le modèle de toutes les vertus à imiter. En méditant sur l’abaissement de Jésus dans l’humble Hostie, elle cherchait en retour toute occasion pour s’abaisser. En contemplant la manière dont Jésus se donne sans défense dans l’Eucharistie, elle apprenait à se donner au Seigneur et à ses soeurs de la même manière. Puisque Jésus se cache dans la petite Hostie, Thérèse voulait se cacher pour mieux ressembler à son Seigneur… Voici quelques paroles de ses poèmes qui illustrent cela:

Vivre d’Amour, c’est vivre de ta vie,
Roi glorieux, délice des élus.
Tu vis pour moi, caché dans une hostie
Je veux pour toi me cacher, ô Jésus !
Mon doux Soleil de vie ; O mon Aimable Roi;
C’est ta Divine Hostie; Petite comme moi…

Voici le témoignage des moines de Tibbérine qui trouvaient leur force à genoux devant le Tabernacle: « Il y a quelques mois, je me trouvais en compagnie de Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger, à Tibbérine, dans ce monastère cistercien où sept moines kidnappés par des groupes islamistes ont été massacrés. C’était en 1996. Deux mois après, on retrouvait leurs têtes suspendues aux branches d’un arbre, à quelques kilomètres de là. Au cours de mon voyage et en visitant le monastère de Tibbérine, j’ai reçu la confidence d’un prêtre qui a bien connu les moines assassinés. Il se trouvait lui-même là, la nuit du rapt, dans le monastère et a pu échapper miraculeusement à leur enlèvement. Ce prêtre me disait : « Tous les moines s’attendaient à cette issue. Ils s’y préparaient spirituellement. Sans savoir ni l’heure, ni le jour. Au fil des mois, la communauté avait gagné en communion, en fraternité, en ferveur. Elle était devenue « plus eucharistique » ajoutait-il. Et il se rappelait, le soir de leur disparition, après l’office des Complies. Plusieurs d’entre eux étaient agenouillés, dans le silence de la nuit, devant le tabernacle. Tout témoignage, fut-il celui de martyr de sang, commence à genoux. » (Mgr Dominique Rey)

1.d. Etre « contempl-actif  » : « L’Eucharistie est un évènement missionnaire »

Dans l’Eucharistie, Dieu prend l’initiative de nous rencontrer. Jésus dit: « Je suis le pain vivant descendu du ciel » (Jn 6, 51) L’Eucharistie est le sacrement de Dieu allant à la recherche de l’homme. « L’eucharistie signifie : Dieu a répondu. L’eucharistie est Dieu comme réponse, comme présence qui répond » (J. Ratzinger). L’évangélisation naît de ce contact personnel avec Jésus-Christ. L’adorateur consent à se laisser radicalement saisir par le Christ. Il se laisse « évangéliser » par celui qu’il aura mission d’annoncer.

‘C’est moi qui ferai paître mes brebis et c’est moi qui les ferai reposer, Je chercherai celle qui est perdue, Je ramènerai celle qui est égarée, Je panserai celle qui est blessée, Je fortifierai celle qui est malade.’ (Ez 34, 15-16)

Jésus au Saint-Sacrement est l’envoyé du Père . Il nous appelle à lui : « Je veux que là où je suis, eux aussi soient avec moi. » (Jn 17, 24); il nous ‘évangélise’ avant de nous envoyer vers les autres.

En Lc 2, 10, les bergers reçoivent la Bonne Nouvelle des anges. Cette Bonne Nouvelle est la présence de Jésus parmi son peuple. Les bergers vont à Bethléem adorer Jésus. Immédiatement après, ils vont l’annoncer à tous, ce qui fait l’admiration et l’étonnement de beaucoup (Lc 2,16-17). Ils sont évangélisés par les anges et deviennent évangélisateurs à leur tour. Entre temps, ils adorent Jésus, aujourd’hui présent au Saint-Sacrement. Voilà le lien entre adoration et l’évangélisation.

À la transfiguration, Pierre dit : « Qu’il est bon d’être ici« . Et il veut monter une tente pour rester sur la montagne. Mais Jésus, après leur avoir montré sa gloire, renvoie ses trois disciples en bas de la montagne pour continuer leur mission.

« Allez donc, de toutes les nations faites des disciples… et voici que je suis avec vous jusqu’à la fin des temps. » (Mt 28, 20). « Allez vers », c’est l’évangélisation. Celle-ci est possible parce qu’il « est avec nous jusqu’à la fin », c’est l’adoration. Les deux vont ensemble.

« L’action présuppose la contemplation : elle naît de celle-ci et s’en nourrit. On ne peut pas donner d’amour à ses frères si on ne puise pas auparavant à la Source authentique de la charité divine et cela n’a lieu qu’à l’occasion d’un arrêt prolongé de prière, d’écoute de la parole de Dieu, d’adoration de l’Eucharistie, source et sommet de la vie chrétienne. Prière et engagement constituent un binôme vital, inséparable et fécond. » (OR version française, n 20 (2572), 18 mai 1999 par le Pape Jean-Paul II)

Dans son audience générale du 21 juin 2000, le Pape soulignait avec force la dimension missionnaire de l’Eucharistie. « C’est dans l’Eucharistie que l’Eglise et chaque croyant trouvent la force indispensable pour annoncer et témoigner à tous de l’Evangile du salut. La célébration de l’Eucharistie, sacrement de la Pâque du Seigneur, est en soi un événement missionnaire qui introduit dans le monde le germe fécond de la vie nouvelle. Cette caractéristique missionnaire de l’Eucharistie est explicitement rappelée par Saint Paul dans sa lettre aux Corinthiens : « Chaque fois que vous mangez de ce pain et que vous buvez de ce calice, vous annoncez la mort du Seigneur jusqu’à ce qu’il vienne » (1 Co 11,26). L’Eglise reprend les mots de St Paul dans la doxologie après la consécration. L’Eucharistie est un sacrement « missionnaire », non seulement parce que c’est d’elle que jaillit la grâce de sa mission, mais aussi parce qu’elle contient le principe et la source pérenne du salut pour tous les hommes. La célébration du Sacrifice eucharistique est par conséquent l’acte missionnaire le plus efficace que la Communauté ecclésiale puisse réaliser dans l’histoire du monde. »

Voici le témoignage de Ste Teresa de Calcutta: « Notre règle ordonnait, jusqu’en 1973, une heure d’adoration par semaine devant le Saint-Sacrement… Nous avons beaucoup à faire vu que nos maisons pour les lépreux, les malades, les enfants abandonnés sont toujours au complet. Néanmoins, nous maintenons fidèlement notre heure quotidienne d’adoration. Eh bien! depuis que nous avons introduit cette modification dans notre emploi du temps, notre amour pour Jésus est devenu plus intime, plus éclairé. Notre amour réciproque est plus compréhensif, il règne entre nous une entente plus affectueuse, nous aimons davantage nos pauvres et, chose encore plus surprenante, le nombre des vocations a doublé chez nous… »

Benoît XVI exprime comment la prière non seulement de s’accorder avec la volonté divine, mais surtout d’y puiser la force du Christ.

« La prière comme moyen pour puiser toujours à nouveau la force du Christ devient ici une urgence tout à fait concrète. Celui qui prie ne perd pas son temps, même si la situation apparaît réellement urgente et semble pousser uniquement à l’action. La piété n’affaiblit pas la lutte contre la pauvreté ou même contre la misère du prochain. La bienheureuse Teresa de Calcutta est un exemple particulièrement manifeste que le temps consacré à Dieu dans la prière non seulement ne nuit pas à l’efficacité ni à l’activité de l’amour envers le prochain, mais en est en réalité la source inépuisable » (Benoît XVI, Deus Caritas Est)

L’Eucharistie contient une puissance de transformation. Le Christ chasse toutes nos ténèbres, il guérit nos coeurs, donne sa lumière et sa paix. À Cana, Jésus change l’eau en vin. À la dernière cène, il change le pain et le vin en son propre Corps et Sang. En venant en sa présence eucharistique, Jésus change notre cœur de pierre en cœur de chair : il nous donne un cœur qui désire partager le plus grand trésor sur terre : la présence aimante de Jésus parmi nous ! Paul VI nous dit qu’il n’y a « rien de plus doux sur terre, rien de plus apte à faire avancer dans les voies de la sainteté » que l’adoration du Saint-Sacrement. (Paul VI, Mysterium Fidei)

1.e. Évangélisation de tout l’être

Nous sommes appelés, comme Chrétiens, à adorer en « esprit et en vérité ». Cette adoration ne consiste pas seulement en un exercice de l’intelligence ou de la volonté. L’adoration doit s’exprimer avec tout notre être et donc engager également notre corps. L’homme est créé pour adorer, pour s’incliner profondément devant Celui qui nous a faits et qui nous dépasse.

a. Evangélisation de notre corps: « Adoration » (tirée du latin « os » : la bouche). L’adoration comprend donc une prostration dont le but est d’atteindre l’objet de la vénération et de le baiser. Adorer signifie donc : s’incliner profondément en signe d’extrême respect. C’est l’attitude naturelle de l’homme quand il se trouve en face de quelqu’un qui le dépasse.

Exemple : La femme atteinte d’hémorragie se jette par terre et veut attraper la frange du manteau de Jésus pour l’embrasser (Lc 8,44). Aussi, Marie-Madeleine se jette aux pieds de Jésus et les mouille de ses larmes.

« Les vingt-quatre Vieillards se prosternent devant Celui qui siège sur le trône pour adorer Celui qui vit dans les siècles des siècles ; ils lancent leurs couronnes devant le trône » (Ap 4, 10)

Cette position à genoux est l’expression corporelle de notre adhésion à la présence réelle de Jésus-Christ, qui, comme Dieu et homme, avec son corps et son âme, avec sa chair et son sang, se rend présent parmi nous. Notre foi au Verbe incarné qui est allé jusqu’à donner sa vie, son corps, sa mort pour le salut du monde, nous conduit, comme les bergers et les mages, à exprimer nous aussi par notre corps notre émerveillement et notre adoration. Notre corps manifeste alors visiblement ce que notre cœur croit. Ainsi la philosophe Simone Veil, d’origine juive et non croyante, exprimait ainsi sa découverte du Christ à Assise en 1936. « Quelque chose de plus fort que moi m’a obligé, pour la première fois de ma vie, à me mettre à genoux ». Oui, nous avons la grâce de connaître quelqu’un devant qui s’agenouiller. L’attitude extérieure traduit la dévotion intérieure. St Pierre-Julien Eymard nous rappelle que le premier mouvement de l’adoration consiste justement à se prosterner à terre, le front incliné. C’est une attitude qui nous permet de proclamer sans mots la majesté infinie du Dieu qui se cache sous le voile de l’Eucharistie.

b. Evangélisation du regard et de la mémoire : Les campagnes publicitaires bombardent sans cesse notre esprit par des images, bien souvent marquées par la sensualité, voire l’érotisme. Rares sont les grandes productions cinématographiques qui excluent toutes scènes érotiques ou violentes. Ces images s’impriment profondément dans la mémoire et blessent notre relation au Père. Il faudra des années pour se débarrasser de ce poison qui pollue l’esprit et souille le cœur. Jésus disait : « Heureux les cœurs purs, car ils verront Dieu » (Mt 5, 8). En contemplant l’Hostie, Corps ressuscité du Christ, le Seigneur guérit le cœur, purifie le regard,débarrasse l’inconscient des images les plus pernicieuses, efface de la mémoire ce qui lui est nocif et renouvelle la capacité à s’émerveiller de la vraie beauté. Sous la lumière du Ressuscité, le Christ touche nos sens intérieurs et chasse toutes ténèbres, car « le soleil de justice brillera, avec la guérison dans ses rayons » (Ml 3, 20). En regardant la Sainte Hostie, le Seigneur guérit ce que l’impureté a brisé en soi.

c. Evangélisation de l’intelligence : Entrer dans l’humilité de Dieu dans l’Eucharistie. En face de l’incompréhensibilité du mystère eucharistique, notre intelligence fait sienne la parole de Pierre : « Seigneur à qui irions-nous, tu as les paroles de la vie éternelle. Nous croyons et nous avons reconnu que tu es les Saint de Dieu » (Jn 6, 68). Puisque Jésus est la Vérité, il ne peut nous tromper. Il se rend présent dans l’Eucharistie pour éclairer notre intelligence. L’intelligence permet l’étude de la théologie, c’est-à-dire l’étude de Dieu. La foi qui pousse à aller devant le Saint-Sacrement nous donne la connaissance de Dieu lui-même. L’une est l’étude académique de l’amour, l’autre est la douce expérience de l’Amour personnifié. Saint Thomas d’Aquin, le plus éminent théologien, écrit avant de mourir qu’il a plus reçu devant le tabernacle que dans tous les livres qu’il a lus ou dans tout ce qu’il a entendu. Pauline-Marie Jaricot dira de même: « Tout ce que je sais, je l’ai appris à vos pieds, Seigneur. Recevez donc l’hommage de tout ce que je suis, de tout ce que j’ai, de tout ce que je pourrais jamais penser, dire et faire de bien. » Voilà l’hommage de notre intelligence à la souveraine intelligence divine…

d. Evangélisation de la volonté : Entrer dans la pauvreté de Dieu. Bien que l’univers ne puisse contenir Dieu, le Seigneur choisit de se contenir corporellement dans une petite Hostie, car l’amour consiste toujours à s’abaisser auprès de la personne bien-aimée. Adorer, c’est adhérer, c’est à dire accueillir librement la volonté de Dieu et son plan d’amour qui se dévoile à travers la divine providence. « Que ta volonté soit faite » et non la mienne… Par l’adoration du Saint-Sacrement, le Chrétien remet totalement au Seigneur sa propre volonté et laisse Dieu inspirer et placer dans son coeur sa souveraine volonté. « Je suis la vigne, vous êtes les sarments, si vous demeurez en moi et moi en vous, vous porterez beaucoup de fruits, mais hors de moi vous ne pouvez rien faire. » (Jn 15, 5) Plus nous serons fidèles à la volonté de Dieu, plus notre activité apostolique sera féconde.