Comment adorer le Saint Sacrement ?


COMMENCER PAR L’AMOUR

En entrant dans la chapelle d’adoration, je laisse mes préoccupations, mes soucis, mes tristesses, (mon téléphone) à la porte. Je viens me plonger dans l’amour de Dieu, car Dieu seul suffit !

Commencez toutes vos adorations par un acte d’amour, et vous ouvrirez délicieusement votre âme à son action divine. C’est parce que vous commencez par vous-mêmes que vous vous arrêtez en chemin ; ou bien, si vous commencez par quelque autre vertu que l’amour, vous faites fausse route. Est-ce que l’enfant n’embrasse pas sa mère avant de lui obéir ? L’amour est la seule porte du cœur… Tant que nous n’aurons pas pour Notre Seigneur au Très Saint-Sacrement un amour de passion, nous n’aurons rien fait… On dit : mais c’est de l’exagération, tout cela. Mais l’amour n’est que de l’exagération ! Exagérer, c’est dépasser la loi. Eh bien, l’amour doit dépasser la loi.

Saint Pierre-Julien Eymard

On n’a pas besoin de tant parler pour bien prier. On sait que le bon Dieu est là, dans le saint Tabernacle. On lui ouvre son cœur, on se complaît en sa présence. C’est la meilleure prière, celle-là.

Saint Curé d’Ars

Que fait Jésus au tabernacle ? Il nous attend.

Saint Curé d’Ars

Lorsque nous sommes devant le Saint-Sacrement, au lieu de regarder autour de nous, fermons nos yeux et notre bouche, ouvrons notre cœur, le Bon Dieu ouvrira le sien ; nous irons à lui, il viendra à nous, l’un pour demander et l’autre pour recevoir. Ce sera comme un souffle de l’un à l’autre.

Saint Curé d’Ars

L’adoration eucharistique, c’est être là, comme une fleur devant son Soleil. Si vous saviez quel est celui qui vous regarde à travers ces voiles… Ne faites rien, n’importe ! Une vertu sortira de lui…

Marie-Thérèse Dubouché

UN ‘COLLOQUE’ AVEC JÉSUS PRÉSENT EN PERSONNE

L’adoration eucharistique a pour objet la divine personne de notre Seigneur Jésus-Christ présent au Très Saint-Sacrement. Il est vivant, il veut que nous lui parlions, il nous parlera. Et ce colloque, qui s’établit entre l’âme et notre Seigneur, c’est la vraie méditation eucharistique, c’est l’adoration. Heureuse l’âme qui sait trouver Jésus en l’Eucharistie, et en l’Eucharistie toutes choses.

Saint Pierre-Julien Eymard

Il faut l’humilité de l’homme pour répondre à l’humilité de Dieu.

Benoît XVI, Au monde de la culture, 2008

Regardez l’heure d’adoration qui vous est échue comme une heure du paradis ; allez-y comme on va au ciel, au banquet divin, et cette heure sera désirée, saluée avec bonheur. Entretenez-en suavement le désir dans votre cœur. Dites-vous «Dans quatre heures, dans deux heures, dans une heure, j’irai à l’audience de grâce et d’amour de Notre-Seigneur : il m’a invité, il m’attend, il me désire ». »Le vrai secret de l’amour est donc de s’oublier comme saint Jean-Baptiste pour exalter et glorifier le Seigneur Jésus. Le vrai amour ne regarde pas ce qu’il donne, mais ce que mérite le Bien-Aimé.

Saint Pierre-Julien Eymard

Dans la sainte Hostie, Jésus en personne nous invite à un rendez-vous d’amour. Sans quitter le ciel, il vient à nous sous les apparences du pain. Là il accomplit sa promesse : « Je suis avec vous jusqu’à la fin du monde” car “je t’aime d’un amour d’éternité, aussi t’ai-je maintenu ma faveur” (Mt 28, 20, Jr 31, 3).

Dans la sainte Hostie, Jésus nous appelle à demeurer auprès de lui, comme il appelait ses apôtres endormis à Gethsémani : « Ne pouvez-vous pas veiller une heure avec moi ?  » (Mt 26, 40).

L’adoration eucharistique nous fait entrer dans une relation personnelle avec le Christ vivant au Saint-Sacrement. Il s’offre sans cesse au Père et veut nous associer à son offrande. Comme le blé est moulu pour devenir du pain, le Corps de Jésus a été battu, écrasé, broyé pendant sa passion pour devenir le pain vivant. D’une part, il se donne en nourriture. D’autre part, il devient notre compagnon de route. Là, il ne nous laisse jamais seuls, quelles que soient les épreuves que nous traversons : « Je ne vous laisserai pas orphelin, je reviens à vous » (Jn 14, 18). L’adoration eucharistique nous permet de lui témoigner notre gratitude pour le don de lui-même dans la sainte Eucharistie. L’adoration devient union avec le Père lorsque nous approchons le Christ dans la foi et qui nous lui rendons amour pour amour. 

La relation entre le petit prince et le renard d’Antoine de Saint-Exupéry peut éclairer notre démarche auprès de Seigneur au Saint-Sacrement…

On ne connaît que les choses que l’on apprivoise, dit le renard. Les hommes n’ont plus le temps de rien connaître. Ils achètent des choses toutes faites chez les marchands. Mais comme il n’existe point de marchands d’amis, les hommes n’ont plus d’amis. Si tu veux un ami, apprivoise-moi ! 
– Que faut-il faire ? dit le petit prince. 
– Il faut être très patient, répondit le renard. Tu t’assoiras d’abord un peu loin de moi, comme ça, dans l’herbe. Je te regarderai du coin de l’oeil et tu ne diras rien. Le langage est source de malentendus. Mais, chaque jour, tu pourras t’asseoir un peu plus près… Le lendemain revint le petit prince. 
– Il eût mieux valu revenir à la même heure, dit le renard. Si tu viens, par exemple, à quatre heures de l’après-midi, dès trois heures, je commencerai d’être heureux. Plus l’heure avancera, plus je me sentirai heureux. À quatre heures, déjà, je m’agiterai et m’inquiéterai ; je découvrirai le prix du bonheur ! Mais si tu viens n’importe quand, je ne saurai jamais à quelle heure m’habiller le cœur… Il faut des rites !

Le Petit Prince, Antoine de Saint-Exupéry

La célébration et l’adoration de l’Eucharistie nous permettent de nous approcher de l’amour de Dieu et d’y adhérer personnellement jusqu’à l’union avec le Seigneur bien-aimé.

Benoît XVI, « Sacramentum Caritatis », 2007

Jésus a deux trônes, un de gloire au Ciel, un autre de douceur et de bonté sur la terre ; deux cours : la cour céleste et triomphante, et la cour de ses rachetés ici-bas.

Saint Pierre Julien Eymard

Par l’adoration eucharistique, nous formons la cour de Jésus sur la terre.

ADORER AVEC LA PAROLE DE DIEU

Pour bien adorer, il faut se rappeler que Jésus-Christ, présent dans l’Eucharistie, y glorifie et y continue les mystères de toutes les vertus de sa vie mortelle. Il faut se rappeler que l’Eucharistie, c’est Jésus Christ, passé, présent et futur ; que l’Eucharistie est le dernier développement de l’incarnation et de la vie mortelle du Seigneur; que Jésus Christ nous y donne toutes les grâces; que toutes les vérités aboutissent à l’Eucharistie, et qu’on a tout dit en disant Eucharistie, puisque c’est Jésus Christ. Que la très Sainte Eucharistie soit donc notre point de départ dans la méditation des mystères, des vertus et des vérités de la religion. Elle est le foyer; ses vérités ne sont que des rayons. Partons du foyer et nous rayonnerons. Quoi de plus simple que de trouver le rapprochement de la naissance de Jésus dans l’étable, avec sa naissance sacramentelle sur l’autel et dans nos cœurs ? Qui ne voit que la vie cachée de Nazareth se continue dans la divine Hostie du tabernacle, et que la Passion de l’Homme-Dieu sur le calvaire se renouvelle au saint Sacrifice à chaque moment de la durée et dans tous les lieux du monde ? Notre Seigneur n’est-il pas doux et humble au sacrement comme pendant sa vie mortelle ? N’est-il pas toujours le bon Pasteur, le Consolateur divin, l’Ami du cœur ? Heureuse l’âme qui sait trouver Jésus en l’Eucharistie, et en l’Eucharistie toutes choses !

Saint Pierre-Julien Eymard, chapitre 1, Tome 1, Divine Eucharistie.

Là donc, au Sacrement, Jésus nous offre le modèle de toutes les vertus. Rien n’est beau comme l’Eucharistie ! Mais, seules, les âmes pieuses qui communient, qui réfléchissent, peuvent le comprendre. Les autres ne comprennent rien. Il est peu de personnes qui pensent aux vertus, à la vie, à l’état de Notre-Seigneur au Saint-Sacrement. On le traite comme une statue; on croit qu’il n’est là que pour nous pardonner et recevoir nos prières. C’est faux. Notre-Seigneur vit et agit: regardez-le, étudiez-le, imitez-le… Si vous lisez l’Évangile, transportez-le en l’Eucharistie, et de l’Eucharistie en vous. Vous avez alors une bien plus grande puissance. L’Évangile s’illumine, et vous avez sous les yeux et réellement la continuation de ce que vous y lisez… « Je suis la voie».

Saint Pierre-Julien Eymard

Il reste au Saint-Sacrement pour que nous puissions rendre à sa personne divine, les mêmes hommages, le même service, le même amour que ses parents et amis lui ont rendu dans sa vie terrestre… En méditant comment Marie, Joseph, les Mages, Marie-Madeleine, Jean, etc… l’ont approché et servi dans l’évangile, nous apprenons comment le rencontrer, l’adorer, le servir aujourd’hui au Saint-Sacrement. Imitons-les dans leur posture, leurs dispositions intérieures, leurs démarches en l’approchant au Saint-Sacrement. Il fera pour nous ce qu’il a fait pour eux dans l’Évangile.

L’Eucharistie est véritablement l’extension de son incarnation : il y achève et complète tous les mystères de sa vie terrestre.

Saint Pierre-Julien Eymard

En ce seul mystère (l’Eucharistie) sont renfermées en singulière abondance des merveilles diverses, toutes les réalités surnaturelles… L’Eucharistie, au témoignage des saints Pères, doit être considérée comme une continuation et une extension de l’Incarnation.

Léon XIII, « Mirae Caritatis », l’admirable trésor, 1902)

Combien disent : je voudrais voir Sa figure, Ses traits, Sa beauté moins que Ses vêtements… Mais, dans l’Eucharistie, c’est lui-même que vous voyez, lui-même que vous touchez, lui-même que vous mangez. Pensez-y et adorez, car c’est le même qui est aux Cieux et que les anges adorent !

Saint Jean Chrysostome (344-407), Homélie sur saint Matthieu, 82, 4

AIMER OU SE LAISSER AIMER ?

L’adoration eucharistique ne consiste pas tant à « aimer beaucoup » mais plutôt à « se laisser beaucoup aimer » malgré nos pauvretés et nos infidélités. Ce ne sont pas nos qualités ou nos mérites que Jésus recherche, mais nos défauts et notre péché. C’est là que sa grâce eucharistique peut agir par sa puissance de transformation. Laissons le Christ continuer en nous l’œuvre de guérison et de sanctification qu’il a commencée il y a deux mille ans. Il vient pour sauver et relever ce qui est blessé en notre cœur…

C’est au pied de vos saints tabernacles que mon Cœur desséché par les plus rudes épreuves, a constamment trouvé les forces nécessaires pour en supporter la rigueur ; c’est là que mes combats se sont changés en victoires, ma faiblesse en courage, mes tiédeurs en ferveur, mes incertitudes en lumières, ma tristesse en joie, mes obstacles en succès, mes désirs en volonté, mes antipathies, mes jalousies, mes ressentiments contre le prochain en ardente charité. Tout ce que je sais, je l’ai appris à vos pieds, Seigneur. Recevez donc l’hommage de tout ce que je suis, de tout ce que j’ai, de tout ce que je pourrais jamais penser, dire et faire de bien.

Pauline-Marie Jaricot

Au pied du Saint Sacrement, Jésus pose son regard d’amour, de tendresse et de miséricorde sur ma personne, mon histoire, mes choix passés et présents. « Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer » (Mc 10, 21). Son regard me relève, me guérit, me recrée. « Va ta foi t’a sauvé » (Lc 7, 50).

C’est souvent le fruit d’un subtil amour-propre ou de l’impatience, de ne pas vouloir aller à Notre-Seigneur avec sa propre misère ou sa pauvreté humiliée ; et c’est cependant ce que Notre-Seigneur préfère à tout, c’est ce qu’il aime, ce qu’il bénit.

Saint Pierre-Julien Eymard

Écouter le Seigneur ! Dans l’Ancien Testament, le premier commandement est : « Écoute Israël, le Seigneur est ton Dieu » (Dt 6, 4). Adorer, c’est se mettre dans une attitude intérieure d’écoute attentive du Seigneur.

Mais attention ! Trop souvent nous disons : « Écoute Seigneur ton serviteur parle », alors que l’adoration nous pousse à dire « Parle, Seigneur ton serviteur écoute » (1 S 3, 10).

Se décentrer de soi-même pour se centrer sur Jésus et sa volonté: L’adoration eucharistique nous fait passer du « je » à « tu ». Il ne s’agit pas d’abord de demander à Jésus d’exaucer notre volonté, mais plutôt de nous éclairer sur sa volonté et de nous donner la grâce de l’accomplir. Ne prions pas : « que ma volonté soit faite », mais prions pour « que ta volonté soit faite ». L’adoration nous décentre de nous-mêmes, pour nous centrer sur la personne du Christ et sur sa sainte volonté.

UNE HEURE AVEC JÉSUS AU SAINT-SACREMENT ? FACILE ? DIFFICILE ?

Jésus « nous attend dans le sacrement de son amour » où il adresse à chacun de nous son éternel appel : « Ne pouvez-vous pas veiller une heure avec moi ? » (Mc 14, 37). Jésus veut nous rappeler que prier une heure en sa présence n’est pas difficile, car il est la personne absolument la plus facile à rencontrer. Nous pouvons nous aider d’un livre de prière, des saintes écritures ou du chapelet. Mieux encore, sachons entrer dans le silence intérieur en parlant cœur à cœur avec Jésus comme avec un ami. Plus que tout, le Seigneur veut notre cœur. Il veut nous parler, nous bénir, nous sanctifier, nous saisir et nous conduire vers Dieu son Père. Il se peut aussi que nous soyons si fatigués et las que nous ne voulions rien faire si ce n’est de nous asseoir, nous reposer pour ressentir la douce paix qui provient du fait d’être en présence de celui qui nous aime le plus, Jésus au Très Saint-Sacrement qui dit : « Venez à Moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau, et Moi je vous soulagerai » (Mt 11, 28). « C’est ma paix que je vous donne » (Jn 14, 27).

La prière est une vertu. En d’autres mots, plus je prie, plus c’est facile. Moins je prie, plus c’est difficile !

Même si vous pensez ne pas pouvoir bien prier, car vous êtes facilement distrait, Jésus veut que vous sachiez qu’il comprend cela… C’est naturel. Ce qu’il veut que vous compreniez est le surnaturel : qu’il vous aime tant que le simple fait de choisir de passer une heure de prière avec Lui apporte à son Sacré-Cœur une joie indescriptible !

UNE MÉTHODE ?

Existe-t-il une méthode pour nous aider à adorer ? Non, car l’adoration nous fait entrer dans une relation d’amour avec la personne divine de Jésus. Et dans l’amour, il ne peut y avoir de règles ni de lois. C’est un cœur qui rencontre un autre cœur dans la liberté parfaite.

Toutefois, saint Pierre-Julien Eymard invitait les adorateurs à adorer en reprenant les quatre fins de la messe (adoration, action de grâce, supplication, réparation).

Allez à Notre-Seigneur comme vous êtes ; ayez une méditation naturelle. Épuisez votre propre fond de piété et d’amour avant de vous servir de livres ; aimez le livre inépuisable de l’humilité d’amour. Qu’un livre pieux vous accompagne pour vous remettre en bonne voie quand l’esprit s’égare ou quand vos sens s’assoupissent, c’est très bien : mais rappelez-vous que notre bon Maître préfère la pauvreté de notre cœur aux plus sublimes pensées et affections empruntées aux autres.

Saint Pierre-Julien Eymard

Un face à Face ? ou un cœur à Cœur ? Cf objections (cliquez ici)

PRIER AVEC MARIE

Le Rosaire lui-même, entendu dans son sens le plus profond, biblique et christocentrique, que j’ai recommandé dans la Lettre apostolique Rosarium Virginis Mariæ, pourra être une voie particulièrement adaptée à la contemplation eucharistique, réalisée en compagnie de Marie et à son école

St Jean-Paul II, Mane Nobiscum Domine, 2004

Quand vous priez le chapelet en présence du Saint-Sacrement, vous aimez Jésus avec le Cœur de Marie. Vous offrez à Jésus la parfaite adoration de Marie. Jésus accueille votre heure d’adoration comme si elle venait de Marie elle-même. Marie vous reçoit dans son Cœur et Jésus accepte votre heure passée avec lui comme si elle venait directement du Cœur de sa très sainte Mère. Le Cœur de Marie comble les lacunes de notre propre cœur. 

Sainte Mère Teresa, quant à elle, séparait l’Heure Sainte en deux parties. Pendant la première demi-heure, elle récitait et méditait le chapelet, puis elle restait silencieusement devant le Seigneur exposé pendant la seconde demi-heure…

ET DANS LES SÉCHERESSES ? ET LES DISTRACTIONS ?

Vous êtes dans l’aridité, glorifiez la grâce de Dieu, sans laquelle vous ne pouvez rien ; ouvrez alors votre âme vers le ciel, comme la fleur ouvre son calice au lever du soleil pour recevoir la rosée bienfaisante. Mais vous êtes dans l’état de tentation et de tristesse ; tout se révolte en vous ; tout vous porte à quitter l’adoration sous prétexte que vous offensez Dieu, que vous le déshonorez plus que vous ne le servez ; n’écoutez pas cette spécieuse tentation, c’est l’adoration du combat, de la fidélité à Jésus contre vous-même. Non, non, vous ne lui déplaisez pas ; vous réjouissez votre Maître qui vous regarde. Il attend de nous l’hommage de la persévérance jusqu’à la dernière minute du temps que nous devions lui consacrer.

(Saint Pierre-Julien Eymard

Ce n’est pas ce que nous faisons qui rend l’heure sainte, mais ce que Jésus fait : il déverse en nous son Esprit-Saint et nous sanctifie. « Venez à moi, vous tous qui avez soif. Que boive celui qui a soif, selon le mot de l’écriture : de son sein coulera un fleuve d’eau vive » (Jn 7, 37). Ce qui compte avant tout pour le Seigneur, c’est notre désir de l’aimer : Au lieu de garder une heure pour nos occupations personnelles, nous choisissons de le rencontrer dans une heure d’adoration…

Je devais me désoler de dormir pendant mes oraisons et mes actions de grâce ; eh bien, je ne me désole pas… Je pense que les petits enfants plaisent autant à leurs parents lorsqu’ils dorment que lorsqu’ils sont éveillés, je pense que pour faire des opérations les médecins endorment leurs malades. Enfin je pense que le Seigneur voit notre fragilité, qu’Il se souvient que nous ne sommes que poussière…

Sainte Thérèse de Lisieux

Et quand on ne ressent rien, ou plus rien ? Dans l’adoration de Dieu, ce qui compte n’est pas le ressenti, mais Celui que l’on rencontre et ce qu’on Lui donne. L’amour ne cherche pas son intérêt, mais l’intérêt du bien-aimé. On ne va adorer, ni pour soi, ni pour ressentir quelque chose. On va adorer pour Dieu, parce qu’il est notre Dieu et qu’il mérite notre adoration. Adorer est un « doux devoir » (Profession de foi catholique, Paul VI) ; c’est le premier commandement : « C’est le Seigneur ton Dieu que tu adoreras et à lui seul tu rendras un culte » (Mt 4, 10).

Si on affirme : « je ne ressens plus rien, donc j’arrête l’adoration », on n’a pas compris ce qu’est l’adoration que recherche le Père ! La prière n’est pas une question de ressenti. En effet, Jésus a dit : « le Père cherche des adorateurs qui adorent en esprit et en vérité » (Jn 4, 23), et non pas : « le Père cherche des adorateurs qui adorent pour sentir ou ressentir » !!!

Jésus peut donner à l’âme, de manière ponctuelle, des grâces très sensibles pendant le temps d’adoration. Il nous donne les consolations appropriées à notre situation lorsque nous en avons besoin et selon son désir. Mais l’adorateur ne doit pas rechercher ces grâces pour lui-même. Il risquerait alors de s’attacher aux consolations de Dieu plutôt qu’au Dieu des consolations. Les grâces sensibles sont passagères ; les grâces qui édifient la vie intérieure et fortifient l’union avec Dieu sont éternelles. Trop souvent, les adorateurs éprouvent un découragement lorsque l’adoration devient aride, à cause de leur attrait désordonné pour les consolations sensibles. Le Seigneur purifie la foi de l’adorateur, non pas en supprimant ses bénédictions, mais en prodiguant une grâce qui fait passer l’âme d’un attachement sensible de Dieu à une adoration en esprit et en vérité. « Tout sarment qui porte du fruit, mon Père l’émonde pour qu’il en porte davantage » (Jn 15, 2).

C’est par le cœur que nous faisons oraison et une volonté sincère et persévérante de la faire est une oraison véritable. Les distractions qui sont entièrement involontaires n’interrompent pas la tendance de la volonté vers Dieu… N’attaquez pas de front les distractions : c’est se distraire que de contester contre la distraction même. Le plus court est de laisser tomber… Vous passeriez tout votre temps à combattre contre les mouches qui font du bruit autour de vous : laissez-les bourdonner à vos oreilles, et accoutumez vous à continuer votre voyage, comme si elles étaient loin de vous. Prenez les endroits de l’Évangile qui vous touchent le plus. Lisez lentement et à mesure que quelque parole vous touche, faites-en ce qu’on fait d’une conserve, qu’on laisse longtemps dans sa bouche l’y faire fondre. Laissez cette vérité couler peu à peu dans votre cœur.

Fénelon, archevêque de Cambrai, 31 mai 1707

QUELLE POSITION DU CORPS ?

L’adoration eucharistique est le remède le plus valable et radical contre les idolâtries d’hier et d’aujourd’hui. S’agenouiller devant l’Eucharistie est une profession de liberté : celui qui s’incline devant Jésus ne peut et ne doit se prosterner devant aucun pouvoir terrestre, aussi fort soit-il. Nous les chrétiens, nous ne nous agenouillons que devant Dieu, devant le Très Saint Sacrement, parce qu’en lui nous savons et nous croyons qu’est présent le seul Dieu véritable, qui a créé le monde et l’a tant aimé au point de lui donner son Fils unique (cf. Jn 3, 16). Nous nous prosternons devant un Dieu qui s’est d’abord penché vers l’homme pour le secourir et lui redonner vie, et il s’est agenouillé devant nous pour laver nos pieds sales. Adorer le Corps du Christ veut dire croire que là, dans ce morceau de pain, se trouve réellement le Christ, qui donne son vrai sens à la vie, à l’univers immense comme à la plus petite créature, à toute l’histoire humaine comme à l’existence la plus courte. Celui devant lequel nous nous prosternons ne nous juge pas, ne nous écrase pas, mais nous libère et nous transforme.

Benoît XVI, Fête-Dieu, 22 juin 2008

Voici les trois attitudes fondamentales du corps : la position assise, la station debout, la position à genoux. Autrefois, nous avons peut-être trop oublié la station debout et en partie aussi la position assise, comme expression d’une écoute détendue, et nous nous sommes trop mis à genoux. Aujourd’hui, nous encourons là aussi le danger inverse. Et pourtant, là aussi, l’expression propre des trois attitudes est nécessaire. L’écoute recueillie de la Parole de Dieu dans la position assise fait aussi bien partie de la liturgie que la station debout comme expression de la disponibilité, tout comme Israël a mangé debout l’agneau pascal en signe de sa disposition à l’Exode, sous la conduite de la Parole de Dieu. La station debout est, de plus, l’expression de la victoire du Christ : au terme d’un duel, c’est le vainqueur qui se tient debout (…) Enfin, la position à genoux est aussi essentielle : en tant que geste incarné d’adoration dans laquelle nous restons debout, prêts et disponibles, mais dans laquelle nous nous inclinons en même temps devant la grandeur du Dieu vivant et de son Nom. D’après le récit de saint Luc, Jésus-Christ lui-même a prié à genoux durant les dernières heures avant sa passion, sur le mont des Oliviers (cf. Lc 22, 41). Étienne tomba à genoux lorsqu’avant son martyre, il vit le Ciel ouvert et le Christ debout (cf. Ac 7, 60).

Devant celui qui est debout, il se met à genoux. Pierre a prié à genoux pour demander à Dieu la résurrection de Tabitha (cf. Ac 9, 40). Après son grand discours d’adieux devant les anciens d’Éphèse (avant son départ pour Jérusalem où l’attend la captivité), Paul a prié avec eux à genoux (cf. Ac 20,36). C’est l’hymne au Christ de la lettre aux PhiIippiens (cf Ph 2, 6-11) qui va le plus loin. Elle applique à Jésus-Christ la promesse d’Isaïe annonçant la prosternation à genoux de toute la terre devant le Dieu d’Israël: «au nom de Jésus», tout «s’agenouille, au plus haut des cieux, sur la terre et dans les enfers» (Ph 2, 10). Ce texte ne nous apprend pas seulement le fait que l’Eglise primitive s’est mise à genoux devant Jésus-Christ, mais il en donne aussi la raison : elle se prosterne devant lui – le Crucifié – en le confessant ainsi publiquement comme Seigneur du monde en qui la promesse du règne universel du Dieu d’Israël s’accomplit. Face aux Juifs, elle atteste sa foi en lui par le fait que la Loi et les Prophètes ont parlé de Jésus quand il était question du «Nom» de Dieu. Elle résiste au culte impérial- à cette prétention totale de la politique – avec ce nouveau règne universel de Jésus qui limite le pouvoir politique. Elle exprime son adhésion à la divinité de Jésus. Nous nous tenons à genoux avec Jésus ; nous nous agenouillons devant Jésus avec ses témoins – depuis Étienne, Pierre et Paul – et ceci est une expression de la foi qui, depuis le début, comme témoignage visible de sa relation à Dieu et au Christ, était pour celle-ci indispensable. Cette position à genoux est l’expression corporelle de notre adhésion à la présence réelle de Jésus-Christ qui, comme Dieu et homme, avec son corps et son âme, avec sa chair et son sang, se rend présent parmi nous. «Quelle est la grande nation dont les dieux se fassent aussi proches que notre Dieu ? » Prions le Seigneur d’éveiller à nouveau en nous la joie de sa proximité, de faire de nous à nouveau des adorateurs. Sans l’adoration, il n’y a pas de transformation du monde.

Benoit XVI, « Dieu nous est proche », p. 96-98, Edition « Parole et Silence »

Prière de Fatima
Très Sainte Trinité, Père, Fils et Saint-Esprit,
je Vous adore profondément, 
et je Vous offre les très précieux Corps, Sang, Âme et Divinité
de Jésus-Christ présent dans tous les tabernacles du monde,
en réparation des outrages, sacrilèges et indifférences 
par lesquels Il est Lui-même offensé. 
Par les mérites infinis de son Sacré Cœur
et du Cœur Immaculé de Marie,
je Vous demande la conversion des pauvres pêcheurs.