Grâces personnelles

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I. GRÂCES PERSONNELLES

Tout d’abord, en venant se prosterner devant le Saint-Sacrement, l’adorateur fait l’expérience de la tendresse de Dieu.

Déjà, en Galilée, les foules se pressaient autour Jésus pour l’entendre et le voir accomplir des signes et des prodiges. Pensons à cette femme qui toucha Jésus par sa foi, libérant ainsi sa puissance. Jésus prend conscience de la force qui est sortie de lui et dit : « Qui m’a touché ? » (Mt 5, 30). Notre foi touche le Cœur de Jésus et libère sa puissance et son amour guérissant sur nous, notre famille et le monde entier, chaque fois que nous allons à lui au Saint-Sacrement. Dans le silence de l’adoration, nous répondons à l’invitation de Jésus qui dit aux multitudes : « Venez à moi… », vous tous qui avez soif…, vous tous qui êtes fatigués… Venez vous reposer dans un coin désert… Car de mon sein coulera des fleuves d’eau vive. Il parlait de l’Esprit Saint. Au Saint-Sacrement, Jésus refait nos forces et renouvelle en nous l’espérance lorsque tout semble perdu. Jean-Paul II témoignait :

« Il est bon de s’entretenir avec Lui et, penchés sur sa poitrine comme le disciple bien-aimé, d’être touchés par l’amour infini de son cœur. Si, à notre époque, le christianisme doit se distinguer surtout par « l’art de la prière », comment ne pas ressentir le besoin renouvelé de demeurer longuement, en conversation spirituelle, en adoration silencieuse, en attitude d’amour, devant le Christ présent dans le Saint-Sacrement ? Bien des fois, j’ai fait cette expérience et j’en ai reçu force, consolation et soutien ! » (Jean Paul II, Lettre encyclique, ‘Ecclesia de Eucharistia’, n. 25, 2003).

Pour mieux évangéliser, l’adorateur doit d’abord se laisser évangéliser.

Il doit laisser l’amour miséricordieux du Christ le guérir, le libérer, l’éclairer, le relever. A la question « que fait Jésus au Saint Sacrement ? », le curé d’Ars répondait : « il nous attend ». Là, Jésus voile sa majesté pour que nous osions aller lui parler comme un ami à son ami. Il tempère l’ardeur de son Cœur pour nous faire expérimenter sa douce tendresse. Sur la Croix, Jésus transforme la haine en amour et la mort en vie. De même, dans l’Eucharistie, Jésus opère la même merveille en nous : il change le mal en bien, les ténèbres en lumière, le peur en confiance. Pauline-Marie Jaricot, cet apôtre infatigable de la charité, vivant à Lyon au XIXème siècle, résume cette transformation personnelle qui s’opère dans le cœur des adorateurs qui laissent l’Esprit changer les cœurs de pierre en cœurs de chair :

« C’est au pied de vos saints tabernacles que mon cœur desséché par les plus rudes épreuves, a constamment trouvé les forces nécessaires pour en supporter la rigueur. C’est là que mes combats se sont changés en victoires, ma faiblesse en courage, mes tiédeurs en ferveur, mes incertitudes en lumières, ma tristesse en joie, mes obstacles en succès, mes désirs en volonté, mes ressentiments contre le prochain en ardente charité. Tout ce que je sais, je l’ai appris à vos pieds, Seigneur » (Pauline-Marie Jaricot, ‘L’Amour Infini dans la Divine Eucharistie’, Lyon, Impr St Joseph, 2001).

Adorer fidèlement le Saint-Sacrement est ensuite une école de ferveur spirituelle et de fidélité dans la prière.

Lorsqu’une paroisse organise l’adoration perpétuelle, chaque paroissien est invité à venir régulièrement adorer une heure par semaine. Cet engagement hebdomadaire comprend plusieurs avantages : avant tout, il aide les paroissiens à rester fidèles à la prière personnelle malgré les temps d’aridité, de sécheresse spirituelle endurés. Un curé témoigne :

« Les grands maîtres spirituels soulignent que tout progrès spirituel nécessite une régularité, une fidélité et une ascèse. Le rythme d’une heure d’adoration par semaine nous permet de rentrer dans un emploi du temps hebdomadaire qui convient bien à chacun. Il permet de placer Jésus avant toute activité, comme dans l’évangile de Marthe et Marie, où Jésus nous rappelle, à travers le témoignage de Marie assise aux pieds du Seigneur, qu’une seule chose est nécessaire ou à Gethsémani, quand Jésus demande à Pierre : « Simon tu dors ? Tu n’as pas eu la force de veiller une heure ? » (Mc 14, 38) » (Témoignage du père Michel Pieron, curé de Vichy, 2005).

En s’engageant à adorer une heure par semaine, le paroissien se libère d’une démarche trop sensible ou sentimentale et passe progressivement à une adoration en ‘esprit et en vérité’, une adoration en Église et pour l’Église. On constate souvent qu’après quelques mois d’adoration, des adorateurs disent : « j’arrête l’adoration, parce que je ne ressens plus rien ». Mais Jésus rappelle que le « Père cherche des adorateurs qui adorent en esprit et en vérité » (Jn 4, 23), et non pas des adorateurs motivés uniquement par des grâces sensibles. Ainsi, une chapelle d’adoration accueillant les paroissiens à tour de rôle, constitue une véritable école de fidélité, de ferveur, où la rencontre avec Jésus devient une vraie expérience spirituelle, indépendamment des consolations ressenties… J’insiste sur l’importance de mettre en place une organisation où chaque adorateur est conscient qu’il est gardien du Saint-Sacrement. S’il ne peut se rendre à ce ‘rendez-vous d’amour’, il doit suivre une démarche simple pour trouver un remplaçant. Une équipe de responsables s’organise pour l’aider à cela. Soulignons la dimension ecclésiale de ce type d’organisation : l’adorateur prend le relais d’un autre et laissera, après son heure, la place à un nouvel adorateur. Cette chaine d’adoration incite les adorateurs à rester fidèles, car la présence de l’un encourage l’autre pendant la permutation d’heure en heure, de jour comme de nuit.

En outre, il est fortement encouragé d’utiliser un ostensoir traditionnel posé dignement sur un autel, plutôt que d’utiliser un tabernacle avec des volets ou un ostensoir placé derrière une grille ou une vitre blindée… Au lieu de mettre en valeur la présence réelle et de solenniser la démarche d’adoration du Saint-Sacrement, cette forme d’exposition, d’ailleurs nullement recommandée par le magistère et qui pourtant se répand dans tant de paroisses aujourd’hui, a pour conséquence directe un désengagement des adorateurs. Cherchant une solution de facilité qui veut faire l’économie d’une organisation dont l’unique but est de favoriser la fidélité, l’adoration est alors réduite à une simple dévotion privée et non à une prière ecclésiale. Elle n’est plus une prière aux dimensions du monde où chacun veille, à tour de rôle, en Église et pour l’Église. Les adorateurs perdent ainsi le sens de la ‘garde d’honneur’ ou ‘garde d’amour’. Ils se démotiveront très vite et n’auront plus de raison de chercher un remplaçant pour remédier à leurs absences. La chaîne d’adoration sera vite discontinue et petit à petit s’étiolera jusqu’à disparaître. Enfin, une paroisse qui choisit un de ces modes d’exposition, au détriment de l’ostensoir exposé jour et nuit sur un autel, ne pose pas l’acte de foi que le Seigneur attend et par lequel il donne une grâce bien spécifique pour notre Église et notre temps ! « Soyez sans crainte, ayez seulement la foi » (Mc 5, 36).

Rendre « amour pour amour » à Jésus.

Saint Pierre-Julien Eymard disait : « J’ai souvent réfléchi sur les remèdes à cette indifférence universelle qui s’empare d’une manière effrayante de tant de catholiques, et je n’en trouve qu’un : l’Eucharistie, l’amour à Jésus Eucharistique. La perte de la foi vient de la perte de l’amour ».

L’Eucharistie est le don du Cœur Sacré de Jésus qui va « jusqu’au bout de l’amour » (Jn 13, 1). Jésus manifeste son Cœur aux hommes ; car, les voyant si pauvres en amour, il voulait les enrichir des trésors du Cœur de Dieu. Pour cela, il institue l’Eucharistie, invention de l’amour. Là, Jésus brûle du désir d’être aimé. Son Cœur est « une source intarissable », « une ardente fournaise » (Sainte Marguerite-Marie. Autobiographie, n. 55 et 56). Saint Eymard disait encore :

« Au Saint Sacrement, il ne peut être plus aimant ! Et cependant, il n’est pas aimé. Son amour n’est pas apprécié. Il n’est même pas connu, et de très peu des siens même. Il a de bons serviteurs apostoliques, quelques pieux adorateurs de service. Mais qu’il a peu d’épouses ! Même qu’il a peu d’amis, qui le visitent par affection, qui conversent par le cœur, qui sont dévoués pour lui purement ! (Saint Pierre-Julien Eymard, Œuvres complètes, NR 44, 133).

En venant adorer fidèlement, le paroissien fait une rencontre authentique dans la foi avec le Christ ressuscité. Il devient disciple de Jésus, selon son invitation : « mettez-vous à mon école, car je suis doux et humble de cœur » (Mt 11, 29). Aujourd’hui, Jésus demeure au Saint-Sacrement non seulement pour que nous ayons le même privilège de le rencontrer dans sa personne divine, à l’instar des apôtres qui avaient l’opportunité de le côtoyer tous les jours. Mais plus encore, dans le sacrement de son Amour, Jésus attend de chacun les mêmes élans d’amour, la même affection, les mêmes sentiments, les mêmes dispositions intérieures qu’il reçut des saintes femmes de l’évangile ou des disciples se laissant former par le bon maître. Dans l’Eucharistie, Dieu se donne sans mesure. Il nous invite à la réciprocité, c’est à dire à aimer en retour, de tout notre cœur, de toute notre âme et de toute notre force, Jésus dans sa personne divine, qui se rend corporellement présent à nous. Il est le premier pauvre, le premier qui mérite notre amour, le seul qui mérite tout notre cœur…

Comme soulignait le pape Jean-Paul II, « la présence de Jésus dans le tabernacle doit constituer comme un pôle d’attraction pour un nombre toujours plus grand d’âmes pleines d’amour pour lui et capables de rester longuement à écouter sa voix et à entendre presque les battements de son cœur » (Jean-Paul II, Lettre apostolique ‘Mane Nobiscum Domine’, n. 18, 2004).

Écouter ce cœur, c’est rechercher la volonté de Dieu.

Dans l’adoration eucharistique, l’adorateur apprend à faire, non plus « sa volonté pour Dieu », mais « la volonté de Dieu ». Chacun doit vivre cette conversion de la volonté. Trop souvent, les chrétiens se dépensent généreusement dans beaucoup de services qu’ils ont choisis, mais se découragent vite, car ils ont fait leur volonté pour Dieu. Avant d’agir, il faut se mettre à genoux, pour recevoir de Dieu, non seulement sa volonté, mais aussi la force de l’accomplir avec persévérance. Plus encore, l’adorateur apprend à se décentrer de lui-même pour se centrer sur le Christ et sur sa Parole. Adorer silencieusement, c’est apprendre à dire : « Parle, Seigneur, ton serviteur écoute » (1 S 3, 9) plutôt que « écoute Seigneur, ton serviteur parle » ! Aussi, la prière est un puissant rempart contre les tentations quotidiennes : « Priez pour ne pas entrer en tentation » (Mc 14, 37).

Les sacrements et la messe

Parmi les fruits personnels, soulignons maintenant ceux qui renouvellent les dispositions intérieures pour s’approcher dignement des sacrements et en recevoir les bienfaits. Benoît XVI rappelle le lien intrinsèque entre la messe et l’adoration eucharistique. Il écrit :

« L’adoration eucharistique n’est rien d’autre que le développement explicite de la célébration eucharistique, qui est en elle-même le plus grand acte d’adoration de l’Église. Recevoir l’Eucharistie signifie se mettre en attitude d’adoration envers Celui que nous recevons. C’est ainsi, et seulement ainsi, que nous devenons un seul être avec Lui et que nous goûtons par avance, d’une certaine façon, la beauté de la liturgie céleste. L’acte d’adoration en dehors de la Messe prolonge et intensifie ce qui est réalisé durant la Célébration liturgique elle-même. En fait, ce n’est que dans l’adoration que peut mûrir un accueil profond et vrai. Et c’est bien par cet acte personnel de rencontre avec le Seigneur que mûrit ensuite la mission sociale qui est renfermée dans l’Eucharistie et qui veut briser les barrières non seulement entre le Seigneur et nous, mais aussi et surtout les barrières qui nous séparent les uns des autres »(Benoît XVI, Exhortation Apostolique, ‘Sacramentum Caritatis’, n. 66, 2007).

L’expérience des paroisses adoratrices révèle qu’en adorant le Saint-Sacrement, les paroissiens apprennent non seulement à discerner, au-delà des apparences du pain, la présence réelle du Seigneur. Mais aussi, ils prennent conscience de la présence efficiente du Sacrifice de la Croix, rendue présente à chaque messe. Ainsi, en se prosternant longuement devant la sainte Hostie, les adorateurs ne pourront approcher la sainte communion sans une sainte révérence et une profonde adoration. Aussi, ils ne pourront réduire la célébration eucharistique à un simple banquet. En d’autres mots, adorer le Saint-Sacrement permet de vivre plus intensément l’Eucharistie dans toutes ses dimensions. Mgr Ruben T. Profugo, évêque de Lucena aux Philippines témoigne :

« Dans mon diocèse, l’assistance à la messe s’est accrue visiblement non seulement le dimanche mais aussi pendant la semaine. Beaucoup sont revenus aux sacrements grâce à l’adoration perpétuelle eucharistique. Il y a un lien très fort entre l’adoration et la messe. L’heure d’adoration de la semaine prépare les paroissiens à vivre la messe du dimanche ou à rendre grâce pour celle qui vient d’être vécue».

Le Saint-Père n’hésitait pas dire que « l’adoration n’est pas un luxe, mais une priorité » (Benoît XVI, Angélus 28 août 2005) aujourd’hui dans l’Église.

Catéchuménat

Un jeune prêtre Vietnamien qui exerçait son ministère à Singapour dans une petite paroisse raconte : « Célébrant la messe d’un dimanche de carême, je fus frappé par le nombre important de catéchumènes : quatre-vingts jeunes entre 18 et 35 ans. A la fin de la messe, ce jeune prêtre me fait visiter sa paroisse et je remarque, à côté de l’église, une petite salle climatisée, remplie de fleurs. Le Saint-Sacrement y est exposé jour et nuit, comme dans la basilique du Sacré-Coeur de Montmartre, et il y a toujours une quinzaine de personnes. Ce vicaire disait que le nombre de catéchumènes était lié à cette adoration. En effet, interrogeant ces jeunes qui lui demandaient le baptême, tous répondaient que depuis des mois, la nuit, ils venaient prier le Saint-Sacrement, sans très bien savoir ce qu’ils faisaient, mais ils étaient attirés par cette Présence. Oui, l’adoration attire, parce que tout homme a en lui ce désir de voir Dieu » (Mgr Patrick Chauvet, « Il est là ! L’adoration eucharistique », p. 92. Saint-Maur, Parole et Silence, 2008).

Sacrement de Réconciliation :

« Ce n’est pas seulement la pénitence qui conduit à l’Eucharistie, mais c’est aussi l’Eucharistie qui mène à la pénitence » (Jean-Paul II, Lettre Apostolique, ‘Dominicae Cenae’, 1980).

Comme curé d’une paroisse qui a l’adoration perpétuelle, je peux témoigner de la demande croissante du sacrement de la réconciliation comme fruit de l’adoration. La progression est non seulement quantitative, mais aussi qualitative. On ne peut rester devant le Saint-Sacrement sans que la lumière du Christ illumine profondément l’âme et éclaire la conscience…

Les divorcés remariés,

qui ne peuvent avoir accès à la sainte communion, sont toutefois vivement encouragés à participer au Sacrifice de la messe et à contempler le visage du Christ dans l’adoration. Récemment, une paroissienne me disait qu’elle ne progressait pas spirituellement. Après un échange, elle avoue qu’elle est divorcée remariée et que malgré tout, elle reçoit la sainte communion. Je l’invite alors à continuer à venir fidèlement à la messe, mais sans communier. Je l’encourage aussi à adorer plus fidèlement le Saint-Sacrement. Malgré le choc et la peine éprouvée, elle est revenue quelques mois plus tard, me faire part que sa vie spirituelle a enfin trouvé un nouvel élan… Jean-Paul II écrivait :

« La contemplation prolonge la communion et permet de rencontrer durablement le Christ, vrai Dieu et vrai homme, de se laisser regarder par lui et de faire l’expérience de sa présence. Quand nous le contemplons présent au Saint-Sacrement de l’autel, le Christ se fait proche de nous et plus intime à nous-mêmes : il nous donne part à sa vie divine dans une union transformante et, par l’Esprit, il nous ouvre l’accès au Père, comme il le disait lui-même à Philippe : ‘Qui m’a vu a vu le Père’ (Jn 14, 9). La contemplation, qui est aussi une communion de désir, nous associe intimement au Christ et elle associe de manière toute spéciale ceux qui sont empêchés de le recevoir » (Jean-Paul II, Lettre à Mgr Houssiau, 28 Juin 1996).

Combien de divorcés remariés font aujourd’hui l’expérience de l’amour inconditionnel du Christ en adorant le Saint-Sacrement fidèlement. Par cette communion spirituelle, le Christ leur donne les grâces nécessaires pour continuer à vivre le commandement de la charité et pour s’engager dans la mission de l’Église…


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