Introduction – un doux devoir

INTRODUCTION

« Loué et remercié soit à chaque instant le très saint et divin Sacrement ! ». C’est avec cette prière de louange que je souhaite bénir notre Seigneur Jésus, vraiment présent dans le sacrement de son Amour. Nourriture de vérité, source de charité, l’Eucharistie est notre vrai trésor sur terre. Rien n’est plus beau, rien n’est plus grand, rien n’est plus admirable que cette présence du Ressuscité, qui sans quitter le ciel, vient dresser sa tente parmi nous, pour nous enrichir de sa grâce et nous revêtir de sa gloire. Combien de paroisses, en se prosternant devant le Roi des rois et le Seigneur des seigneurs, ont non seulement expérimenté son amour et sa tendresse, mais plus encore ont fait descendre sur l’Église et le monde quelques rayons de la lumière du Christ ressuscité. Benoît XVI exprimait avec joie :

Combien de personnes demeurent en silence devant le Tabernacle, pour s’entretenir dans une conversation d’amour avec Jésus ! Il est réconfortant de savoir que beaucoup de groupes de jeunes ont redécouvert la beauté de prier en adoration devant le Très-Saint-Sacrement (…). Je prie afin que ce « printemps » eucharistique se répande toujours davantage dans toutes les paroisses.

Benoît XVI, Audience générale sur sainte Julienne de Cornillon, 17 novembre 2010

D’une part, un nombre grandissant de paroisses enracine la vie pastorale dans l’Eucharistie célébrée, puis continuellement adorée. L’adoration devient ainsi une source inépuisable de sainteté pour les fidèles. D’autre part, comme le rappelait saint Jean-Paul II,

malheureusement, à côté de ces lumières, les ombres ne manquent pas. Il y a en effet des lieux où l’on note un abandon presque complet du culte de l’adoration eucharistique. À cela s’ajoutent, dans tel ou tel contexte ecclésial, des abus qui contribuent à obscurcir la foi droite et la doctrine catholique concernant cet admirable Sacrement. Parfois se fait jour une compréhension très réductrice du Mystère eucharistique. Privé de sa valeur sacrificielle, il est vécu comme s’il n’allait pas au-delà du sens et de la valeur d’une rencontre conviviale et fraternelle.

Saint Jean-Paul II, Lettre encyclique, ‘Ecclesia de Eucharistia’, n. 10, 2003

Si l’adoration du Saint-Sacrement est tombée en désuétude pendant quelques décennies, c’est en partie parce que celle-ci était considérée, comme intimiste, personnelle, privée. Aujourd’hui, grâce à la contribution pastorale de saint Jean-Paul II et l’apport théologique de Benoît XVI, l’Église ne cesse de rappeler que l’adoration n’est ni une piété personnelle ni une dévotion privée, mais une prière qui élargit le cœur aux dimensions du monde. En touchant le Cœur du Christ, Dieu touche tous les cœurs des hommes. En adorant la sainte Eucharistie,

nous entrons dans ce mouvement de l’amour d’où découlent tout progrès intérieur et toute fécondité apostolique.

Saint Jean-Paul II, Montmartre, 1 juin 1980

Avant de chercher à connaître les fruits de l’adoration, rappelons que le Seigneur est digne d’être adoré pour lui-même, car il est notre Créateur, notre Rédempteur, notre Sanctificateur.

C’est pour nous un devoir très doux d’honorer et d’adorer dans la sainte hostie, que nos yeux voient, le Verbe incarné qu’ils ne peuvent pas voir et qui, sans quitter le ciel, s’est rendu présent devant nous.

Paul VI, lettre apostolique, ‘Profession de Foi Catholique’, 1968

Adorer Dieu est donc un « devoir très doux » ! D’abord un « devoir », car c’est le premier commandement : « Tu adoreras ton Dieu, de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute ton âme, voilà le premier commandement » (Mt 22, 36). Toutefois, ce devoir est « très doux », car les bienfaits pour l’âme et pour le monde sont innombrables :

Quiconque aborde le vénérable Sacrement avec une dévotion particulière et tâche d’aimer d’un cœur généreux le Christ qui nous aime infiniment, éprouve et comprend à fond, non sans joie intime ni sans fruit, le prix de la vie cachée avec le Christ en Dieu ; il sait d’expérience combien cela vaut la peine de s’entretenir avec le Christ ; rien de plus doux sur terre, rien de plus apte pour avancer dans les voies de la sainteté…

Paul VI, Lettre encyclique, ‘Mysterium Fidei’, 1965

Ne cherchons pas d’abord les bienfaits spirituels qui découlent de cette prière, mais adorons notre Dieu trois fois saint qui nous donne le mouvement et l’être (Ac 17, 28). Il est l’Alpha et l’Omega. Tout provient de lui, tout subsiste en lui et tout doit retourner à lui.

Ici-bas, nous « cheminons dans la foi et non dans la vision claire » (2 Co 5, 7). Ainsi les grâces perceptibles de l’adoration eucharistique ne sont que la pointe de l’iceberg en comparaison des bienfaits spirituels invisibles que le Seigneur prodigue à son Église et au monde. Puisque l’Eucharistie est le mémorial de la Passion du Christ, les fruits de l’Eucharistie découlent directement de la Croix : tout en apportant un monde nouveau et en renouvelant toutes choses de l’intérieur, le monde visible n’a pas changé. Mais nous attendons « un ciel nouveau et une terre nouvelle » (Ap 21, 1).

Avant d’envoyer ses disciples en mission, le Christ ressuscité « leur montra ses mains et ses pieds » (Lc 24, 40) avec ses plaies glorieuses, sources de grâce pour l’humanité. Car « ce sont nos souffrances qu’il a portées, ce sont nos douleurs qu’il a supportées et dans ses blessures, nous trouvons la guérison » (Is 53 4-5). Des plaies glorieuses du Christ découlent des fruits spirituels pour le priant, pour la communauté paroissiale et pour le monde. Tous ces fruits sont communiqués par la puissance de sa Résurrection. En renouvelant le cœur des fidèles, le Seigneur édifie la communauté paroissiale. Les fidèles deviennent des disciples missionnaires qui annoncent la Bonne Nouvelle et participent à la transformation du monde.

Le monde sera soit défiguré par la consommation, soit transfiguré par l’adoration.

Patriarche Ignace IV d’Antioche

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